L’enfer est-il le paiement des péchés des perdus ?

Quand nous parlons de l’expiation des péchés illimitée, on nous accuse souvent de croire en un double paiement des péchés ? De quoi s’agit-il ? Qu’en penser ?

On connaissait la notion de double peine, une double sanction infligée à un coupable pour sa faute. Mais j’avoue que je n’avais jamais entendu parler d’un double paiement de nos péchés jusqu’à ces jours !?

D’après ces objecteurs à l’expiation illimitée, si Jésus était mort pour tous les hommes, les péchés des perdus seraient payés deux fois,
– une fois par la condamnation de Christ sur la croix,
– et une autre fois par la condamnation éternelle du damné.
Ainsi, un des deux paiements serait injuste ou inutile.

Je me demande si nous ne sommes pas simplement en présence d’une confusion entre deux notions importantes toutes les deux : d’une part le paiement de la dette de nos péchés,(le rachat), et d’autre part celle de la rétribution éternelle des pécheurs rebelles (qui a comme antithèse la rédemption des élus) ?

1  La notion de paiement de nos péchés

Qui dit paiement, dit créancier à qui le paiement est dû.

Le péché offense Dieu, et crée une énorme dette envers lui.

Romains 7.14 : moi, je suis charnel, vendu au péché.
Psaume 49.7 à 9 : Ils ont confiance en leurs biens, et se glorifient de leur grande richesse. Ils ne peuvent se racheter l’un l’autre, ni donner à Dieu le prix du rachat. Le rachat de leur âme est cher, et n’aura jamais lieu;
Notons que le prix du rachat ne peut être payé qu’à Dieu.
(J’espère qu’aucun lecteur ne pense que c’est au diable que le prix du rachat doit être payé !)

L’homme étant pécheur, nous reconnaissons sans peine que rien de ce qui vient de lui ne peut fournir ce paiement, d’ailleurs très cher. Dieu seul peut le faire, et il l’a fait en Jésus !

C’est le sang versé par Christ à la croix qui constitue le seul paiement agréé par Dieu pour la dette de notre péché !

Hébreux 9. 15  : Et c’est pour cela qu’il est le médiateur d’une nouvelle alliance, afin que, la mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l’héritage éternel qui leur a été promis.

Apocalypse 5.9 : Tu es digne de prendre le livre, et d’en ouvrir les sceaux; car tu as été immolé, et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute nation;

1 Corinthiens 6.20 et 7.23  : Car vous avez été rachetés à un grand prix. 

Galates 3.13 : Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous
Tite 2.14 : Christ qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres.
1 Pierre 1.18, 19 : sachant que ce n’est pas par des choses périssables, par de l’argent ou de l’or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, 19 mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache.
Disons-le avec force : rien d’autre que le sang versé par Christ à la croix n’est recevable par Dieu comme expiation des péchés !

2  La rédemption de tous les hommes est-elle alors effective ?

Selon la doctrine calviniste, la mort de Jésus sauve effectivement les élus que Dieu a déterminés dès avant la fondation du monde. (on ne peut évidemment pas le prouver scripturairement)
Selon notre compréhension, le sacrifice de Christ ne sauve personne à lui seul (c’est-à-dire sans participation aucune du pécheur).
Les arminiens disent que cette mort de Christ offre une provision pour le pardon des péchés de chaque humain. Ils entendent par là
– que Christ a payé le prix entier et exclusif du rachat de chaque pécheur
– mais que cette provision est imputée à un pécheur uniquement au moment où il s’unit à Christ par la foi, donc qu’il s’approprie le bénéfice de ce paiement du prix (ou de la sanction) de ses péchés.

Très juste, n’est-ce pas ? (Nous préciserons au 4e point !)

Nous croyons en un salut entièrement acquis par Christ pour tous les hommes, mais que chaque pécheur doit s’approprier par la foi !

Comme me l’écrivait récemment un professeur de théologie, le calvinisme (classique) professe la foi par le salut  (Dieu sauve pour que nous puissions croire), et nous, nous croyons au salut par la foi ! (Si tu crois, tu seras sauvé).

3. Alors, ce double paiement ?

Dans l’objection du double paiement, ne fait-on pas ainsi une confusion, qui pourrait révéler en soi des relents de la théologie catholique des péchés qui doivent être expiés par les hommes (confession, contrition, purgatoire, enfer…) ?
Mais Dieu pourrait-il vraiment trouver sa satisfaction dans la damnation éternelle de milliards de ses créatures, qu’il avait créées à son image ??

L’enfer ne saurait être considéré comme étant le paiement de la dette (de la culpabilité) envers Dieu. Il n’est que la suite logique du refus du pécheur que ce paiement lui soit imputé, la rétribution de son endurcissement envers la grâce offerte !  

(Petite analogie : Un généreux homme d’affaires dépose à la banque 10 chèques correspondant au paiement de l’énorme dette de 10 de ses débiteurs, acculés à la faillite. Les 10 paiements sont « provisionnés », il suffit à chacun de donner son consentement pour que le bénéfice de ce paiement leur soit imputé. 7 débiteurs refusent et… vont à leur ruine.  Qui dira que leur dette aura été payée deux fois ?

Mais cette analogie est imparfaite. Christ a fait plus que rendre le rachat possible, il l’a effectué ! Et ce faisant, il a rendu notre salut (notre rédemption) possible ! (on va y arriver !)

Et si on parle justice, comment trouver injuste un cadeau
s’il est refusé par celui à qui il était destiné ? 

4  Rachat et rédemption 

Une lectrice m’a écrit en s’interrogeant sur la différence entre rédemption et rachat. Copié-collé de ma réponse :

Le rachat et la rédemption me semblent être deux aspects indissociables mais distincts du même sacrifice de Christ.

Le   r a c h a t   montre le bénéfice de la croix pour Dieu. Il met l’accent sur la satisfaction de Dieu : sa sainteté était gravement offensée par nos péchés au point d’exiger la mort du coupable.
La mort de Christ satisfait entièrement la justice de Dieu, avant même qu’un seul pécheur se soit approprié le bénéfice de cette substitution. Christ n’a-t-il pas proclamé « Tout est accompli ! » sur la croix même ? (Quand on y réfléchit, comment la justice de Dieu pourrait-elle être satisfaite par quelque chose venant de l’homme, même sa repentance et sa foi ?)

La   r é d e m p t i o n   souligne le bénéfice de la croix pour nous : par la substitution du Christ à tous les coupables du monde entier et de tous les temps, elle  procure à ceux qui placent leur confiance en Christ le pardon, la réconciliation, la libération du péché, du monde et du diable, l’espérance vivante…

Le salut est donc imputé à tous ceux qui croient au « Tout est accompli » de Jésus sur la croix.

Rachat et rédemption, deux vérités inséparables, par exemple en

Ésaïe 53.5,6 : Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.
Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie; et l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous.

Rachat et rédemption, les deux réalités ensemble nous poussent à l’adoration de celui qui a racheté pour Dieu le monde entier par son seul sacrifice !
À lui soit la gloire !

Compléments

Réponses à 5 objections à l’expiation illimitée (David SENGEL)
L’expiation – 1 (Luciano Branco) 
L’expiation – 2  (Luciano Branco)   
L’expiation – 3   (C.S) 

Jésus-Christ est-il mort sur la croix pour tous ? -1 (Samuel Samouélian) 
Jésus-Christ est-il mort sur la croix pour tous ? -2 (Samuel Samouélian)

Dudley Ward : Dieu désire-t-il sauver uniquement les élus ?

Autres articles qui pourraient être bientôt utiles pour nos Églises :

Christianisme et LGBTQI+ : deux visions du monde incompatibles ? (1)
Christianisme et LGBTQI+ : deux visions du monde incompatibles ? (2)

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6 réflexions sur « L’enfer est-il le paiement des péchés des perdus ? »

  1. Très bon article que je viens de découvrir ! Et comme tu l’as si bien conclu, ça nous pousse à l’adoration de celui qui nous a racheté ! Tout est déjà accompli à la Croix, quoi qu’on fasse !

    Je me permet de citer une phrase d’un chant de mon cher oncle Francis, « tout l’Evangile est dans ce cri : oui tout est accompli ! »

  2. Bonjour Claude. Très bien ton nouvel article.

    Je me permets juste une petite précision que j’avais tenté de clarifier dans mon texte sur ce sujet :

    « Selon la doctrine calviniste, la mort de Jésus sauve effectivement les élus que Dieu a déterminés dès avant la fondation du monde »

    Je ne crois pas que ce soit exact. En effet, même les calvinistes considèrent les élus comme coupables avant que ceux-ci mettent leur foi en Christ. Cela implique que l’œuvre de Christ ne leur ait pas été imputée avant leur foi. Ainsi, par cohérence, le calvinisme implique également une distinction provision/imputation. Si l’œuvre de la croix était effective et imputée dès la crucifixion de Christ, je crois que dès leur naissance, les élus devraient être considérés comme dans une position de justifiés. Chose qu’aucun calviniste ne croit.

    C’est pour cela que je dis dans mon texte que, à y regarder de plus près, cette critique de double paiement se retourne contre le calvinisme lui-même. La seule différence est que dans le calvinisme cette situation est temporaire, car la provision n’est faite que pour les élus qui finiront tous par avoir la foi.

    1. Merci David pour ce commentaire (que je t’ai d’ailleurs encouragé à publier) ! En fait, tu ne contredis nullement la phrase sur laquelle tu rebondis (« Selon la doctrine calviniste, la mort de Jésus sauve effectivement les élus que Dieu a déterminés dès avant la fondation du monde »), mais tu la confirmes plutôt, en admettant que : « dans le calvinisme cette situation est temporaire, car la provision n’est faite que pour les élus qui finiront tous par avoir la foi. ». Le reste n’est qu’une question d’étapes pour arriver au salut de tous les élus : à un moment donné, Dieu leur infuserait irrésistiblement la foi salvatrice.
      Néanmoins, les grands ténors calvinistes n’expriment pas les choses comme tu dis (nous venons d’étudier Sproul, souviens-toi !) Pour eux, Dieu ne donne pas à ses élus la foi pour être sauvé, mais bel et bien le salut pour pouvoir croire !
      Cela dit, notre objectif sur ce blog n’est pas de combattre le calvinisme, mais de cerner au plus près possible la doctrine biblique juste. (D’ailleurs, n’avons-nous pas déjà fait la promotion de nombreux articles d’auteurs de l’école calviniste ?

      1. Cette notion d’étape(s) et de situation temporaire implique nécessairement une distinction provision / imputation (ou quelque chose qui s’y rapproche). En l’absence d’une distinction de ce type, il ne pourrait exister une situation (ou des étapes) temporaires dans lesquelles un élu n’est pas justifié. Si un calviniste nie cela, il rend sa doctrine incohérente.

        Pour exprimer cela par une analogie : Si le sacrifice de Christ est le paiement de la dette des élus, les élus restent endettés jusqu’à leur foi en Christ (même dans le calvinisme).

        Ainsi ce qui est vrai temporairement et éternellement dans l’expiation illimitée, est vrai temporairement dans l’expiation limitée. Le problème évoqué ne portant pas sur la durée, mais sur la prétendue injustice en elle-même, cette objection s’appliquerait également avec la même force contre le calvinisme (l’expiation limitée).

        Maintenant, fort heureusement, comme l’expose cet article, la distinction provision / imputation n’implique en rien une injustice. Et comme la Bible nous l’enseigne, Dieu, voulant le salut de tous, a pourvu au salut de tous.

      2. On peut voir les choses ainsi, David, et nous sommes fondamentalement d’accord. Simplement, comme j’ai essayé de le montrer, il y a 2 aspects indissociables mais distincts tout de même de l’expiation :
        le rachat de la dette de l’humanité, entièrement payé par la mort de Christ pour tous : Dieu est d’ores et déjà entièrement satisfait par la Croix, quelle que soit la réponse des pécheurs,
        la rédemption des pécheurs : oui, tout pécheur reste quelqu’un non d’endetté mais de perdu, condamné, jusqu’à ce qu’il mette sa foi en Christ !

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