Le Père a-t-il vraiment abandonné son Fils sur la Croix ?

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Évoquant cette prière de Jésus sur la croix, la question se pose : Le Père a-t-il vraiment pu détourner son visage de son Fils innocent expiant le péché du monde ? Voire même le considérer avec colère, car il était chargé de tous les péchés du monde ?

Cette affirmation de la colère de Dieu sur son Fils sur la Croix m’était totalement inconnue jusqu’à ces derniers temps, où je la rencontre de plus en plus. Mais que disent les Écritures ?

1  Oui, le péché provoque la colère de Dieu

Si notre conscience est vivante, la vue du mal doit provoquer la colère en nous. Pensons par exemple aux crimes et génocides perpétrés dans le monde. Combien plus, Dieu, qui est absolument saint, ne peut tolérer le péché, qui provoque sa juste colère !

Notons tout de suite que le Fils, qui est Dieu, partage cette sainte colère contre le péché avec le Père et le Saint-Esprit !

Ainsi, tout homme est de nature un enfant de colère du Dieu trinitaire :

Éphésiens 2.3 : Nous tous aussi, nous étions de leur nombre, et nous vivions autrefois selon les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfantde colère, comme les autres.

Un enfant de colère… quelqu’un qui s’est placé sous la colère de Dieu contre le péché. (voir l’article de Pascal Denault recommandé plus loin)

Néanmoins, une juste colère devrait nous pousser à agir contre le mal qui nous fâche, par exemple venir en aide aux opprimés. De même, Dieu a agi contre le péché. Il a envoyé son Fils Jésus pour l’éradiquer :

2  Jésus est venu nous délivrer de la colère de Dieu

1 Thessaloniciens 1.10 :  et pour attendre des cieux son Fils, qu’il a ressuscité des morts, Jésus, qui nous délivre de la colère à venir.

Romains 3.25 : C’est lui que Dieu a destiné, par son sang, à être pour ceux qui croiraient, victime propitiatoire, afin de montrer sa justice, parce qu’il avait laissé impunis les péchés commis auparavant…  (= 1 Jean 410)

Il y a là matière à un émerveillement et à une reconnaissance infinis !

Jésus a pris notre place de coupable et a ainsi « encaissé » les effets de la colère de Dieu à cause de nos péchés : il est le parfait substitut des pécheurs, son expiation est totalement acceptée par le Dieu saint, dont il est l’une des 3 personnes !

3  La colère de Dieu  demeure uniquement sur ceux qui bafouent sa grâce

Jean 3.36 : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

Romains 1.18 : La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive.

Pour un développement de ce point, voir L’enfer est-il le paiement des péchés des perdus ?

Ces 3 points forment la base, le socle, le roc de notre foi évangélique, n’est-ce pas ? Mais qu’en est-il de la colère de Dieu contre son Fils crucifié ?

4  Dieu a-t-il été été en colère contre son Fils crucifié?

Nous pouvons maintenant considérer la question de départ, celle qui fait que certains théologiens essaient d’évacuer la substitution pénale, tant l’idée d’un père envoyant son fils à la mort leur semble révoltante !

Et même parmi ceux qui acceptent avec gratitude la doctrine de la substitution pénale, certains théologiens affirment que puisque Jésus a été fait péché sur la croix (2 Corinthiens 5.21), il a dû connaître cette expérience nouvelle du regard courroucé de son Père sur lui. Un commentateur ajoute même que Jésus s’est… senti sale sur la croix…   Que dire ?

D’emblée, y a-t-il une base biblique pour affirmer la supposée honte du saint Fils de Dieu sur la croix ? et donc de la colère du Père envers le Fils crucifié ? Personnellement, je n’en vois aucune, et vous invite à évaluer 2 raisons (à multiples aspects chacune) pour lesquelles Dieu n’a pas pu être en colère contre son Fils crucifié :

1  À cause de l’identité même du Dieu trinitaire

Dieu est aussi « un » qu’il est « trine » ! On ne peut pas le morceler  ! Il ne peut simplement pas y avoir de coupure de relation entre le Père et le Fils, car :

2 Corinthiens 5.1 : Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses…

En Jésus, c’est la trinité entière qui a souffert la mort pour nous !

Comment une partie de la trinité divine pourrait-elle jeter un regard de colère sur leur délégué qui  vient mettre de côté l’objet de cette colère (qu’il partage avec eux !) ?  Ce serait Dieu au ciel en colère contre Dieu sur terre ??

Alors, pour cette parole énigmatique : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »(Matthieu 27.46) ??  Remarquons deux choses :

> Il ne saurait s’agir d’un abandon relationnel !

C’est impossible, car Dieu ne peut être déchiré, opposé à lui-même ! (Comment Jésus pourrait-il prier tout de suite après : Père, je remets mon esprit entre tes mains ?)

Cet abandon dont parle le Christ en croix  n’est pas de type relationnel mais pénal : le péché est condamné et anéanti sur la croix en Christ, et il faut que le processus aille jusqu’au bout !

Pour Jésus, c’est la même tentation que dans le désert, et là encore, le Fils a triomphé en acceptant cet « abandon » de Dieu à son sort. Il a accepté qu’il ne lui envoie pas des légions d’anges pour le sauver de la croix, ce qui aurait annulé le plan de salut des hommes qui était aussi le sien ! Quel amour ! N’en sommes-nous pas bouleversés ?

  > Il n’est pas question de l’abandon du Père, mais de celui de Dieu !

L’excellent petit article suivant Non, la mort de Christ n’est pas un cas de «maltraitance divine d’enfant » m’a révélé un aspect que j’avais négligé jusqu’à ce jour, et qui renforce ce que nous venons de voir : Guillaume Bourin nous y fait remarquer que Jésus n’a pas prié : « Mon Père, mon Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? », mais « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »  Ça change tout, n’est-ce pas ?

La prière de Jésus-homme s’adresse au Dieu trinitaire… dont il fait partie !

(Et après, il dira : Père, je remets mon esprit entre tes mains !)

Mais je ne vais pas en dire plus, lisez l’article, il est court !
Examinons une deuxième raison qui, à mon avis, rend hautement improbable une colère de Dieu envers Christ crucifié :

2  À cause de la nature sainte du Dieu trinitaire

Reprenons le verset invoqué souvent :

Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.»   2 Corinthiens 5.21

Jésus est-il devenu péché dans son être, son cœur, sa conscience ? Bien-sûr que non ! Et nous-mêmes, sommes-nous devenus justice de Dieu moralement par la croix ? Ne croissons-nous pas chaque jour dans cette justice ?

C’est pénalement que notre Sauveur a été fait péché sur la croix, en se substituant à la sanction que nous avions méritée.
Et nous, c’est pénalement que nous sommes devenus justice de Dieu, car la sanction a été ôtée d’au-dessus de nous pour reposer sur le Christ en croix !

Nous avons dit plus haut que Jésus a pris notre place de coupable et a ainsi « encaissé » les effets de la colère de Dieu à cause de nos péchés. C’est clair, Jésus a encaissé les effets de la colère de Dieu contre notre péché, il n’a pas pris cette colère elle-même en pleine figure, il n’y avait pas de raison !

Le Dieu juste et saint ne se met en colère que contre le mal, le péché et ceux qui le pratiquent !

Si Dieu se mettait en colère contre quelqu’un qui non seulement ne porte aucune trace du mal dans son être, ses pensées, ses actes, mais est en train de détruire le règne du péché en l’expiant, les fondements de sa justice ne seraient-ils pas fortement ébranlés ?

Dans l’excellent petit livre « La Croix en 4 mots » (BLF Evangile 21), l’auteur Yannick Christos-Wahab parle beaucoup de la colère de Dieu, en prenant soin de toujours préciser qu’elle est dirigée vers le péché (et donc le pécheur).
Il dépeint avec force joie la substitution pénale : Christ meurt à la place de tous les coupables !  Il évoque les sacrifices d’animaux de l’ancienne Alliance qui préfiguraient la Croix, et notamment, ces deux boucs de Lévitique 16, chargés symboliquement des péchés de tout le peuple, dont l’un est sacrifié sur l’autel, l’autre chassé dans le désert. La colère de Dieu est apaisée et les péchés sont ôtés ! Je voudrais en souligner deux aspects, dont le premier est aussi montré par cet auteur :

La croix n’a pas été l’endroit où la colère de Dieu a éclaté, mais bien plutôt celui où elle a été apaisée.

C’est là que la justice de Dieu a été satisfaite, par le Fils de Dieu, homme parfait, qui clouait tout le péché de l’humanité entière sur cet infame bois !

Bien évidemment, personne ne dira que Dieu était en colère contre les deux boucs ! Et il l’aurait été contre son saint Fils ?

Franchement, la précieuse doctrine de l’expiation a-t-elle besoin du dogme de la colère du Père contre le Fils mourant ? Ne l’affaiblit-elle pas plutôt
– en ajoutant au tourment indicible du Christ d’être chargé de nos péchés et d’en assumer le châtiment, celui d’une supposée rupture de communion avec son Père au moment le plus dramatique ?
– en détournant notre attention de la colère du Père, du Fils et du Saint-Esprit contre… notre péché sur une colère contre le Sauveur, dont les Écritures ne parlent pas ?

Dans l’opuscule déjà cité, Kevin Deyoung écrit :

Sur la croix, Jésus a fait l’expérience d’une sorte d’abandon de la part de Dieu, mais cela n’indique nullement que la dynamique interne et éternelle de la Trinité ait connu des failles. Ils sont toujours restés unis. (p 81)

Seigneur, rends-moi beaucoup plus sensible à l’emprise du mal en moi, objet de ta juste, sainte et terrible colère !
Que j’apprenne à le haïr avec plus de détermination !
Et oh merci, mille fois merci,  pour la mort propitiatoire du Fils de Dieu pour moi !

Claude

Compléments 

Le premier, sur la colère de Dieu (Evangile 21), le deuxième sur… l’impassibilité de Dieu (Un Héraut dans le Net)  (Si, si, ça vaut le coup de le lire, moi, ça m’a enlevé une fausse compréhension et renforce notre compréhension du sujet de cet article !)

https://evangile21.thegospelcoalition.org/article/la-colere-de-dieu/

https://www.unherautdansle.net/etudes-1689-partie-12/

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2 réflexions sur « Le Père a-t-il vraiment abandonné son Fils sur la Croix ? »

  1. Pas de souci avec les 3 premiers points, bien sûr, c’est le 4ième qui appelle la réflexion ! Heureuse remarque en ce qui concerne l’abandon du Fils par le Père d’abord, trop souvent on entend l’inverse, me semble-t-il. L’abandon intra-trinitaire radical du Dieu Un me semble difficile à concevoir. Je souscris à la remarque à propos de la mention de « Dieu » plutôt que « Père ». On peut aussi remarquer que c’est le tout début d’un psaume, le psaume 22. Vraisemblablement une manière, commune à l’époque vu l’absence de numérotation, de citer l’entier du psaume. Dans sa première partie c’est un psaume d’abandon, mais aussi de confiance dans sa deuxième partie. Ceci étant, quand on a circonscrit ce que ce cri sur la croix ne veut pas dire, on n’a pas encore dit ce qu’il veut dire. N’y a-t-il pour autant eu aucune tension intra-trinitaire à ce moment ? Peut-on à ce point séparer la personne de ce qu’elle « représente » ? Ou pour le dire autrement, peut-on réduire l’oeuvre de la croix à un schème pénal (central, il est vrai) quasi impersonnel ? Ou encore, pour reprendre une comparaison proposée, jusqu’où peut-on comparer le sacrifice d’un animal à celui d’un humain (« il l’a fait devenir péché » peut aussi, par métonymie courante dans l’AT, se comprendre « il l’a fait devenir sacrifice pour le péché ») ? Là, j’avoue mon hésitation ! On l’a constaté, le NT nous rapporte le combat intérieur de Jésus au mont des Oliviers, mais il est plus sobre pour la crucifixion. Pour autant, Celui qui a appris l’obéissance par ce qu’il a souffert était-il émotionnellement complètement détaché de la charge du péché qu’il porte ? La réalité de la double nature de Christ, vrai homme et vrai Dieu, combinée à la réalité de l’unité trinitaire ne facilite pas les choses. Sans parler d’abandon strict de la part du Père, je pense que l’horreur du péché induit une tension terrible entre celui sur qui tombe le châtiment et celui qui châtie. Mais pour moi, elle garde une part de mystère (voir Paul Wells, Entre ciel et terre). Mystère douloureux pour le sauveur, mais lumineux pour les sauvés ! Donc pour l’essentiel je rejoins tout à fait mon frère Claude, je ne parlerai pas non plus d’abandon au sens strict. Mais de façon seconde, je pourrais concevoir la colère de Dieu contre ce que représente son Fils à la croix, mais j’avoue avoir plus de mal à dire que Jésus se sois « senti sale à la croix ».

    1. Merci Roland pour ton avis, introduisant des nuances parfaitement recevables à la pensée telle que je l’ai exprimée ! Cela confirme une fois de plus ce que j’ai à cœur de montrer dans un prochain article, à savoir que notre unité d’enfants de Dieu ne nécessite nullement une uniformité de pensée sur tous les points d’importance seconde (qui ne déforment pas le message fondamental évangélique)..

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