L’expiation – 1 (L Branco)

Que signifie le mot « expier » ? Il désigne « l’apaisement de la colère de Dieu ». De prime abord, peu de gens pensent à cette définition lorsqu’ils utilisent ce terme ! Ils songent en général à l’idée du prix payé par Christ à la croix. Cette notion de paiement d’une dette pour une faute commise se voit déjà dans l’AT au travers du mot hébreu רפכ) kappar), traduit dans nos versions par « expier » et qui, littéralement, signifie « couvrir ».
Dans le NT, il n’est pas dit que Dieu « couvre », mais qu’Il « ôte » les péchés.
( 1 Jn 3.5 ; Jn 1.29 ; Hé 9.26)
Les sacrifices de l’Ancienne Alliance étaient incapables « d’ôter les péchés » comme nous l’indique ce verset :

…il est impossible que le sang des taureaux et des boucs ôte les péchés.
(Hé 10.4).

Aucun homme ne saurait payer à Dieu sa propre rançon    Ps 49.8
Il faut reconnaitre que le terme « propitiation » serait manifestement plus adéquat pour affirmer que Christ a rétabli la paix entre l’homme et Dieu en ôtant le péché. Il n’en est pas moins vrai que l’une ou l’autre de ces idées est tout au moins sous-entendue dans le mot « expiation ».

Notons aussi que ces deux vérités concernant le mot « expiation », celle d’apaisement et celle de paiement, se complètent.
Pourquoi vouloir réparer une faute si ce n’est pour gagner la faveur de celui qu’on a offensé au préalable ?
Voici donc la définition biblique que nous adoptons pour notre réflexion sur  l’expiation  : c’est l’acte réparateur accompli à la croix par Jésus-Christ.

L’expiation réalisée par Jésus-Christ à la croix, vous l’avez compris, devient donc le point d’orgue de notre réconciliation avec Dieu.

Comment jouir de l’œuvre expiatoire du Christ ?
Que penser de l’étendue de l’œuvre expiatoire du Christ ?
Que dire de ceux qui ne jouissent pas des bienfaits de l’expiation ?
La mort expiatoire du Christ est-elle suffisante ?

En respectant la pensée biblique, nous essayerons d’apporter des réponses à ces quelques questions, tout en réalisant qu’il nous sera impossible d’épuiser dans ces quelques lignes un si vaste sujet.  1 Jn 3.5 ; Jn 1.29 ; Hé 9.26

L’expiation pour le monde entier

De nombreux passages viennent appuyer la thèse selon laquelle Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et que Dieu, dans son amour, a envoyé son Fils Jésus mourir en faveur de tous les hommes, sans exception, comme nous pouvons le constater ci-dessous  :

– Il est lui-même victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtre, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jn 2.2)

– « …celui qui a été fait pour un peu de temps inférieur aux anges, Jésus,
nous
le contemplons, couronné de gloire et d’honneur, à cause de la mort qu’il a soufferte ; ainsi, par grâce de Dieu, il a goûté la mort pour tous » (Hé 2.9)

– «… il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu, et les hommes,
le Christ-Jésus homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous… »
( 1 Tim 2.5-6)

– Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance » (2 Pi 3.9)

– Il y a eu de faux prophètes parmi le peuple ; de même il y a parmi vous de faux docteurs qui introduiront insidieusement des hérésies de perdition et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux une perdition soudaine  (2 Pi 2.1)

–  …il est impossible de les ramener à une nouvelle repentance. Car ils crucifient de nouveau, pour leur part, le Fils de Dieu et le déshonorent publiquement
(Hé 6.6)

– Comme par une seule faute la condamnation s’étend à tous les hommes, de même par un seul acte de justice, la justification qui donne la vie s’étend à tous les hommes. (Rm 5.18)

– Nous travaillons, en effet, et nous combattons, parce que nous mettons notre espérance dans le Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes,
surtout des croyants.  (1 Tim 4.10)

Cependant, certains courants issus du calvinisme limitent l’expiation aux élus,
car ils considèrent que Christ n’a versé son sang que pour l’ensemble des élus et non pas pour le monde entier. Voici quelques fervents défenseurs de cette thèse : A.W. PINCK, John OWEN, Carl TRUEMAN …
Leur exégèse pourrait en déconcerter plus d’un !
Voici ce qu’affirme par exemple A.W. PINCK :
« Dire à celui qui rejette Christ que Dieu l’aime consiste à cautériser sa conscience, autant que de lui donner un sens de sécurité dans ses péchés.
Le fait est que l’amour de Dieu est une vérité pour les saints seulement ». (Sovereignty of God, (Grand Rapids, MI: Baker, 1992), page 200)

Selon leur doctrine, voici ci-dessous un exemple d’interprétation de Jean 3.16 tiré du livre de John OWEN, « La vie par la mort » (La vie par la mort, John OWEN, Éditions Impact Héritage, 2017, page. 81)

2021-06-19 (1)

 Notez que nous avons mis en rouge une conclusion de John OWEN qui ne découle d’aucune exégèse du texte et encore moins du contexte.

Une deuxième objection concerne le contexte immédiat. Lorsque l’on étudie l’emploi du terme « monde », notamment par Jean, on réalise bien que le sens proposé ne correspond pas à l’emploi habituel que l’apôtre fait du mot « monde ».
Dans la Parole de Dieu, le terme « monde » est employé dans divers sens. Nous en identifions essentiellement quatre :
1- L’univers créé par Dieu (Ac 17.24 ; Rm 1.20 ; Jn 17.5)
2- La terre avec ses habitants (Mt 24.14 ; Rm 10.18)
3- L’humanité tout entière, le genre humain (Jn 3.16-17 ; 6.33, 51 ; Rm 5.12 ;
2Co 5.19 ; 1 Jn 2.2)
4- L’ensemble de ceux qui sont loin de Dieu (1 Jn 2.15-17 ; 3.1, 13 ; 4.1, 5 ; 5.19 ;
Jn 1.11 ; 14.30 ;15.19 ; 17.25 ; 16.3 ; Jc 4.4)

L’argument principal des partisans de l’expiation limitée suppose à priori un cinquième sens au terme « monde » ! Notons que le « monde » comme “l’ensemble des élus”, n’est attesté nulle part ailleurs.
Cette déduction n’a pour seul objectif que de corroborer leur propre doctrine.
Quant à lui, l’adjonction du terme « entier » au monde dans 1 Jean 2.2 renforce l’idée de monde comme “ensemble de l’humanité”.
Il est difficilement concevable, voire impossible, d’y voir autre chose que l’ensemble du genre humain non atteint par l’Évangile !
Jean utilise la même formulation au chapitre 5, verset 19 en disant :
« Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est sous la puissance du malin ».

Comment Jean aurait-il pu s’y prendre autrement pour affirmer que l’ensemble des hommes devait se sentir concerné par le salut à cause de leur péché ?

Il est lui-même victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier  (1 Jn 2.2).

On pourrait croire que l’expiation limitée résulte simplement de la doctrine de la prédestination et du caractère logique du système calviniste.
Notons toutefois que d’autres théologiens adhèrent à la doctrine de l’élection inconditionnelle sans pour autant limiter la portée de l’expiation.
CALVIN lui-même n’a apparemment pas tranché la question. Plus encore, au vu de certains commentaires de sa part, nous pourrions même l’associer aux partisans d’une expiation illimitée ! Sans compter d’autres Réformateurs comme Martin LUTHER, MELANCHTHON, BULLINGER, John BUNYAN… qui n’ont jamais adopté de telles conclusions.

N’oublions pas que Jésus a aimé le jeune homme riche, alors que celui-ci a tourné le dos au salut tel que le Seigneur le définit ! Ne limitons pas l’amour de Dieu, car il dépasse certainement toutes idées que l’on pourrait se faire à ce sujet :

Que le Christ habite dans vos cœurs…pour être capables de comprendre :
avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance… (Ep 3.18)

L’étendue de l’œuvre expiatoire

L’épître aux Romains, chapitre 5, nous indique que, par la faute d’un seul (Adam), tous sont devenus pécheurs et spirituellement morts ! Est-il exagéré de supposer que par l’obéissance d’un seul, à savoir Jésus-Christ, tous soient devenus purs aux yeux de Dieu et spirituellement vivants comme semble l’indiquer le tableau ci-dessous :

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Croire à l’universalisme du salut au travers de ce chapitre reviendrait à passer complètement à côté du sens biblique ! Non seulement une telle conclusion semble totalement exagérée, mais elle trahit intégralement la pensée biblique.
Le salut ne s’obtient jamais par défaut ! Il n’y a pas d’universalité sotériologique. Tous n’iront pas au ciel ! Pourtant, tous sont bel et bien condamnés !
Dans le premier cas, tous sont identifiés en Adam qui n’est pas un simple individu. Il est l’Homme, l’Ancêtre, l’Archétype, le premier d’une lignée, la Matrice, l’origine, le représentant de l’humanité. En Adam, tous, sans exception, sont donc condamnés (5 Ec 7.20 ; Rm 3.10-12), pécheurs, et sous la colère de Dieu.

Comment donc interpréter ce passage ? C’est uniquement dans notre alliance et dans notre acceptation de l’œuvre rédemptrice que se réalise la deuxième partie du verset 18.
Dans le deuxième cas, tous ceux qui sont unis à Jésus-Christ, le sont par une association choisie. C’est par grâce, par le moyen de la foi, que l’on quitte notre statut hérité d’Adam. Tout en comparant Adam et le Christ, Paul met en avant les différences qui les opposent, mais identifie aussi les causes (le péché et la mort) qui les font devenir acteurs du destin de l’humanité toute entière.

La construction syntaxique, répétée à deux reprises « comme… de même » établit clairement un parallèle entre l’expression « tous morts » et « tous vivants ». Mais il serait dangereux de ne pas intercaler la notion de consentement dans cet exercice rhétorique de l’apôtre.

C’est seulement si j’accepte et embrasse la grâce qui m’est offerte, si je suis en Christ, que je jouis de l’œuvre expiatoire. Or, la Bible établit clairement pour cela une notion de choix manifesté et exprimé par le pécheur. Le chemin de la repentance, de la conversion et de la Nouvelle Naissance définit parfaitement
le parcours biblique de tout enfant de Dieu. Ce scénario est aujourd’hui
possible au travers de la Grâce, par le moyen de la foi. Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous (Rm 11.32)

Dans un deuxième article, l’auteur se penchera sur les questions suivantes :
– le paradoxe de l’expiation
– les pièges à éviter dans notre compréhension de l’expiation

Luciano Branco est pasteur de l’Eglise évangélique baptiste de Toulon.

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