La corruption humaine (selon R.C SPROUL 4/6)

Dans notre examen du livre de R.C SPROUL, Choisis par Dieu, nous en arrivons maintenant au sujet d e   l a   c o r r u p t i o n   h u m a i n e . (sujet 4 sur 6)
Qu’en dit l’auteur ? Qu’en disent les Écritures ?

La conception biblique de la corruption humaine

Fort judicieusement, p 98, l’auteur commence par évoquer Romains 3, où l’apôtre Paul écrit : 

Il n’y a point de juste, pas même un seul ; Nul n’est intelligent,
Nul ne cherche Dieu ; Tous sont égarés, Tous sont pervertis ; 
Il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul (Ro 3.10-12).

Avec raison, l’auteur voit dans ce passage un bref résumé de l‘universalité de la corruption humaine. Le péché est étendu au point qu’il capture tout le monde dans ses filets. Comme nous, Sproul pense que pas une personne sur mille n’admettrait que le péché est à ce point grave et ne sera donc nullement d’accord avec ce verdict, constatant que plein de non-croyants font des bonnes actions, des gestes héroïques et sacrificiels, des œuvres empreintes d’ingéniosité, de prévoyance et d’honnêteté.

L’auteur a bien vu que le problème, c’est notre mauvaise compréhension de ce qui est bien ou mal. Il montre que, selon la conception biblique, on peut dire qu’une bonne œuvre comporte deux aspects.
– Le premier aspect correspond à sa confor­mité extérieure à la loi de Dieu.
Ne pas voler, ne pas tricher, aider les gens dans le besoin sont de bons comportements, des vertus indéniables, qui se manifestent jour après jour aussi chez les incroyants. 
– C’est le second aspect qui pose problème. Dieu regarde au cœur, aux motivations. Et Sproul énonce :

Pour qu’une œuvre soit jugée bonne, elle doit non seulement être extérieurement conforme à la loi de Dieu, mais encore être intérieurement motivée par un amour sincère pour Dieu.

(Autrement dit), toutes nos œuvres devraient émaner d’un cœur qui aime totalement Dieu (voir Mt 22.37-39). Selon cette perspective des choses, il est facile de voir que per­sonne ne fait le bien. Nos motivations moins que pures entachent nos meilleures œuvres. Aucun d’entre nous n’a déjà aimé Dieu de tout son cœur ou de toute sa pensée. Il y a un élément charnel dans toutes nos œuvres, qui les rend moins que parfaites.

Puis l’auteur évoque le concept d’intérêt personnel éclairé de Jonathan Edwards.

Là où le risque d’une punition surpasse la récompense possible associée à notre méfait, il se peut d’une part que nous soyons enclins à nous en abstenir. D’autre part, il se peut que nos actes vertueux nous vaillent les applaudissements des hommes. 

L’auteur ne se veut ni cynique (motivations entièrement égocentriques de ceux qui font le bien) ni naïf (motivations entièrement altruistes, dépourvues de tout intérêt personnel). Puis, p 101, il considère la qualité du bien que l’homme est capable de faire, par rapport à un Dieu saint, qui exige la perfection.

Son jugement ( celui de Paul) est exact quant au fait qu’il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul. Jésus a ailleurs renforcé cette réalité au cours de sa discussion avec le jeune homme riche : « Il n’y a de bon que Dieu seul » (Lu 18.19).

Aussi troublante que puisse être cette condamnation, un autre élément du passage de Romains risque de nous consterner encore davantage, surtout les chrétiens évangéliques qui soutiennent le contraire en pensée ou en parole. Paul déclare : « [Nul] ne cherche Dieu.» / La Bible nous enseigne constamment que les hommes déchus fuient Dieu. Nul ne le cherche.

L’auteur affirme que nous voyons des gens chercher désespérément la paix de l’esprit, le soulagement de leur mauvaise conscience, le sens de leur vie et une acceptation dans l’amour. Ils ne cherchent pas Dieu pour autant. Ils cherchent les bienfaits que Dieu seul peut leur procurer. Et l’auteur conclut, certainement avec raison (p 102, 103) :

Voici le péché de l’homme déchu : l’homme cherche les bienfaits de Dieu tout en fuyant Dieu lui-même. Par nature, nous sommes des fugitifs.

Pourtant, Sproul  note que la Bible nous répète que nous devons chercher Dieu.

Cherchez l’Éternel pendant qu’il se trouve » (És 55.6).
 [Cherchez], et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira» (Mt 7.7).

Pour ne pas accréditer la conclusion selon laquelle, même dans notre état déchu, nous aurions la capacité morale d’effectuer cette recherche, l’auteur dit que le premier s’adresse au peuple juif, le second aux croyants (donc au peuple sauvé). C’est ma première réserve dans ce chapitre, je ne suis pas convaincu, alors que je lui donne raison quand il dit qu’Apocalypse 3.20 s’adresse à une Église ! Mais j’ai  du mal à le suivre quand il écrit : 

L’idée, c’est  Le non-croyant ne cherchera pas. Le non-croyant ne frappera pas. Cette recherche est l’affaire des croyants. À ce sujet, Edwards a dit :
« La recherche du royaume de Dieu est au cœur même de la vie chrétienne. »  Cette recherche est le résultat de la foi, et non sa cause.

Certes, le non-croyant livré à lui-même ne cherchera pas Dieu. Mais nous avons vu dans l’article Naître de nouveau pour pouvoir se convertir ? que nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes, et que chaque homme reçoit de Dieu cet appel efficace pour venir à lui. Efficace du côté de Dieu, pour peu qu’il soit reçu du côté de l’homme.  Pour ne pas toujours citer les mêmes versets, considérons : 

Actes 2.16, 17 : Mais maintenant se réalise ce qu’a dit le prophète Joël: Dans les derniers jours, dit Dieu, je déverserai de mon Esprit sur tout être humain.

De la mort spirituelle à la vie spirituelle

Sproul souligne que Dieu le Saint-Esprit produit le remède contre la mort spirituelle par la création de la vie spirituelle dans notre âme. Mais il voit en Éphésiens 2, versets 1 à 10 le passage par excellence au sujet de la pré­destination. Voici les versets 8 à 10 :

Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions (Éphésiens 2.8-10).

Tout enfant de Dieu se réjouit avec l’auteur de ce salut acquis par pure grâce, saisi par la foi et non par les œuvres. Oui, TOUT a été accompli par le Seigneur lui-même, afin que personne ne se glorifie.

Contrairement à ce que l’auteur présume de la part des non-réformés, nous sommes aussi d’accord que l’homme déchu mort par ses péchés est mort aux choses de Dieu, pas seulement malade, et que les hommes morts ne peuvent se rendre vivants, ils ne peuvent créer la vie spirituelle en eux.
Oui, c’est vrai, Paul précise clairement que c’est Dieu qui nous rend vivants ; c’est Dieu qui nous vivifie en nous sortant de la mort spirituelle.

Là où nous ne suivons plus, c’est dans la conclusion (qui semble logique) que Dieu devra TOUT faire pour que le pécheur s’approprie le salut. Il pense annuler deux images connues en disant : Le cadavre d’une personne noyée ne saisira pas une bouée de sauvetage, et un cadavre n’ouvrira plus la bouche pour avaler un médicament censé le sauver. 

C’est vrai, direz-vous, et nous admettons que la situation du pécheur est plus dramatique que celle d’un homme en train de se noyer ou de mourir de maladie : il est mort dans ses péchés ! (voir Note Jonathan Edwards)

Néanmoins, il ne faut pas négliger les éléments suivants : 

Notons d’abord qu’en Ézéchiel 37.4, Dieu lui-même s’adresse à des « ossements desséchés » spirituels, et leur demande… d’écouter la parole de l’Éternel! Et il annonce à ces os, aux versets 5 et 6 :  

Voici ce que dit le Seigneur, l’Éternel, à… ces os : 
Je vais faire entrer un esprit en vous et vous vivrez. 6 Je vous donnerai des nerfs, je ferai pousser sur vous de la chair, je vous recouvrirai de peau, je mettrai un esprit en vous et vous vivrez. Vous reconnaîtrez alors que je suis l’Éternel. 

Constatons que dès après la chute, Dieu a parlé au « mort » Caïn et lui a dit :

Pourquoi es-tu irrité, et pourquoi ton visage est-il abattu ? Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi : mais toi, domine sur lui. Genèse 4.6, 7

  • Dieu se préoccupe du bien-être de Caïn !
  • Il lui demande de dominer sur sa tentation ! Cela devait donc être possible ?
  • Il parle à Caïn comme à quelqu’un qui sait très bien que son projet meurtrier est mauvais.
  • Quand Dieu parle à un mort spirituel, il donne que celui-ci puisse l’entendre, et il l’invite à lui obéir !! Ou plutôt, je dirais que si la chute a coupé la relation de l’homme avec Dieu, et a fait de lui un être « mort » pour lui, elle n’a pas détruit entièrement son statut de créature faite à l’image de Dieu. 

Les vertus suivantes ont été gravement déviées dans le cœur de l’homme par le fait que ce n’est plus Dieu qui gouverne ses pensées, mais le Moi, téléguidé par le Prince du mensonge, nous sommes d’accord.
Mais l’homme pécheur continue à avoir :

  •  la faculté de réfléchir et d’évaluer ses actes et ceux des autres,
  • une conscience morale, qui lui dit ce qui est juste et ce qui est mal,
  • une aspiration à ce qui est beau et vrai, plutôt que laid et faux,
  • la conscience de l’éternité, inscrite dans son cœur

Michée 6.8, 9 On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ;
Et ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice,
que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu.
La voix de l’Éternel crie à la ville, et celui qui est sage craindra ton nom. Entendez la verge et celui qui l’envoie ! 

Un tel texte, comme de nombreux autres, s’adresse bien à des morts spirituels, n’est-ce pas ? Mais n’oublions pas que celui qui parle est le Vivant aux siècles des siècles, et que sa Parole est porteuse de vie pour quiconque l’écoute, et cela déjà bien avant la nouvelle naissance ! (pendant la « gestation » ?)
Les  frères arminiens appellent cela « grâce prévenante ». Pourquoi pas ? (mais voir : La grâce prévenante, un concept biblique ?)

En conclusion, en considérant ses propres efforts pour venir à Dieu, l’état spirituel du pécheur loin de Dieu est désespéré. De lui-même, il ne viendra jamais à Dieu comme un pécheur repentant, par Jésus-Christ.

Mais en considérant la préservation de la conscience dans l’homme déchu et les appels clairs de la Parole de Dieu à lui obéir, nous sommes loin du ver de terre repoussant décrit par le pourtant honorable prédicateur de réveil Charles Spurgeon. (voir article   Le misérabilisme est-il vraiment biblique ?
qui complétera celui-ci avec une illustration parlante.

Courage, partageons l’Évangile aux morts spirituels qui nous entourent !
Au moment opportun, Dieu parlera avec puissance et efficacité à chacun d’eux, à moins que leur endurcissement ne rende cet appel inefficace pour eux !

2 Thessaloniciens 2.10 : Il usera de toutes les formes du mal pour tromper ceux qui se perdent, parce qu’ils sont restés fermés à l’amour de la vérité qui les aurait sauvés. 

Compléments 

Le misérabilisme est-il vraiment biblique ?

La Bible enseigne-t-elle la totale corruption de l’homme ?

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