La confession du péché des ancêtres ?

Cet article d’Henri Blocher m’a été envoyé par un ami lecteur. Il me paraît sage, équilibré et… utile ! Je suis très heureux de pouvoir recopier un texte de ce cher théologien évangélique, dont par ailleurs je regrette les vues déterministes contraires à celles que prône ce blog . Blog qui refuse de s’enfermer dans un clan !

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L’article est ici. Si je le recopie, c’est pour les yeux des séniors dont je suis !

Pour être délivré de « liens » spirituels, est-il nécessaire de confesser certains péchés de ses ancêtres ? La question s’enracine dans le ministère d’un pasteur mennonite bien connu de mon père : M. Émile Kremer ; je me le rappelle clairement moi-même, fidèle participant des Conventions de Morges. La cure d’âmes au sein de familles rurales, constituant depuis longtemps une micro-société repliée sur elle-même, l’avait conduit à repérer à l’origine de problèmes sérieux, de blocages spirituels, des péchés dits d’abomination (de trafic occulte plus ou moins lourd, même le simple recours à un guérisseur) commis par un ancêtre, parfois à l’insu de la personne affectée. Émile Kremer avait été l’instrument de la libération de plusieurs, grâce à la confession des péchés-causes, à haute voix, devant le directeur spirituel – ces péchés pouvant être surnaturellement révélés au directeur, et par lui, si la personne n’en avait pas eu connaissance. E. Kremer a systématisé ce qu’il avait cru découvrir dans un petit livre, Les Yeux ouverts sur les ruses de Satan; des disciples, qui n’avaient pas sa modération, en ont fait leur ouvrage de référence.

L’expérience est précieuse. Il est permis d’en tirer (prudemment) des leçons, même si l’Écriture ne dit rien de bien net sur le sujet.

Mais si l’on prétend fonder sur elle une doctrine, la foi est en danger – l’Écriture est le seul fondement, posé une fois pour toutes.
L’interprétation de l’expérience (en elle-même un foisonnement qui déborde) dépend fortement des idées préconçues : sans même nous en apercevoir nous sélectionnons les éléments qui nous paraissent significatifs et nous les arrangeons selon nos schémas ; les mêmes faits présentent souvent des visages fort différents selon les observateurs. Et l’expérience elle-même se coule pour une bonne part dans le moule des attentes
.

On sait, par exemple, que les clients d’un « psy » freudien font des rêves freudiens, et ceux d’un jungien des rêves jungiens… L’enseignement biblique est moins malléable, il résiste davantage aux pensées que nous apportons, pour les réformer : seule l’Écriture légitime une doctrine, autorisant qu’on la propose à la foi des frères et sœurs.

L’Écriture, sobrement étudiée (en évitant l’illuminisme), ne soutient pas la systématisation proposée. Si le Seigneur « visite » la faute des pères jusqu’à la troisième ou quatrième génération (Exode 20.5), il ne s’agit pas forcément d’un « lien » mystérieux : il s’agit de conséquences négatives, comme on voit déjà avec l’alcoolisme ou la syphilis contractée dans l’inconduite ; et cet effet est contrebalancé par une bénédiction jusqu’à mille générations (v.6), deux cent cinquante fois plus !

Qui n’a pas eu, dans les mille générations qui l’ont précédé, un homme ou une femme de Dieu, que Dieu honore par les bienfaits accordés aux descendants ? Les prières de confession d’un Néhémie (Né 9) ou d’un Daniel (Dn 9) expriment la solidarité nationale, à travers l’histoire, en reconnaissance de la justice des châtiments collectifs ; il ne s’agit pas de péchés particuliers entraînant un handicap pour tel descendant. D’une confession libératrice de la dernière sorte, on ne voit pas d’exemple biblique. Quant aux différences entre péchés, le mot traduit « abomination » en Deutéronome 18.9ss se trouve aussi en 25.16 pour les poids truqués du commerçant !

Le message de la rédemption est celui d’une délivrance entière par la seule foi (Colossiens 1.13s.), sans qu’une autre procédure soit requise.

La tradition évangélique n’a pas reçu la doctrine en cause. Certes, la tradition peut se tromper ! Mais elle représente la sagesse accumulée d’hommes et de femmes de Dieu, mise à l’épreuve de contextes variés. Quand une nouveauté s’en écarte, il est peu probable qu’elle ait raison ! Et l’expérience globale des chrétiens doit valoir face à celle d’un expert dans son « créneau » : je me rappelle un frère éminent, né en Afrique, qui me disait : dans une société saturée de sorcellerie et d’influence démoniaque comme la société animiste-fétichiste, il serait impossible que les nouveaux croyants soient délivrés comme ils le sont si la confession particulière des péchés des ancêtres était nécessaire.

L’expérience particulière d’E. Kremer et d’autres, cependant, ne peut être tenue pour rien. Quel commentaire peut-on risquer ? Elle rappelle, outre le danger des pratiques occultes, la vérité de la solidarité familiale.
Si le dernier mot reste à la responsabilité individuelle (Galates 6.5), nous ne sommes pas de purs individus ; nous nous appartenons les uns aux autres : d’abord quand nous sommes d’une même « chair » (cf. Genèse 29.14), et cela touche le spirituel.
D’autre part, notre « homme intérieur » ne se réduit pas à la conscience, il a des profondeurs, que Dieu sonde (Jérémie 17.9s.), et des influences s’exercent d’inconscient à inconscient. La psychologie s’intéresse désormais à l’enquête généalogique, découvrant l’influence lourde de « secrets de famille » sur des individus qui n’en avaient pas conscience.
On peut donc imaginer que des péchés qui donnent prise aux puissances malignes fassent l’objet dans les familles d’une complaisance soit consciente, soit semi-consciente avec refoulement, soit même inconsciente, et que la pédagogie divine choisisse de faire remonter la faute à la lumière, et d’assainir la situation par une rupture explicite et solennelle. Dieu peut délivrer par la foi de conversion, mais il peut juger meilleur de susciter l’autre procédure.

La consigne ?

Ne pas prétendre tout expliquer. Ne pas refuser à la liberté de l’Esprit de montrer, à l’origine d’une difficulté étrange et pénible, un péché familial ; ne pas condamner celui que guide ainsi l’Esprit. Ne pas en faire une pratique systématique, car il est malsain de s’éloigner du modèle biblique. Ne pas trop se mêler de démêler les ruses de Satan : prendre contre lui le bouclier de la foi, boucler le ceinturon de la vérité, et garder en main l’épée de l’Esprit, la Parole de Dieu.

Publié le 2 Mai 2013 par Henri Blocher

Compléments :

A peine cet article publié, voilà que je reçois le podcast ci-dessous du Bon Combat . Un hasard ? Du coup, j’ai trouvé aussi que Florent Varak avait traité le sujet. En tout cas voilà de quoi étoffer ce thème, à chacun de se faire une opinion et… de la communiquer ?

https://evangile21.thegospelcoalition.org/article/e21-repond-doit-on-payer-pour-les-peches-de-nos-ancetres/

Que penser de la pratique de la « délivrance » des liens ancestraux ?

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