Compléments exégétiques

Richard Doulière plaide pour  une exégèse fine des textes en présence pour notre sujet. Ce sont des extraits de sa « post-face » au livre (épuisé) de Samuel Samouélian.

  1. Les négations

L’auteur rend attentif à ce qu’il y a en grec deux mots distincts pour exprimer la négation :

On peut affirmer que « ou' » se contente d’affirmer qu’une chose n’est ou ne sera pas, tandis que « mê‘ », au contraire, implique la part du sujet, sa responsabilité comme acteur.

L’auteur le démontre longuement, par des exemples pertinents. Il fait remarquer aussi que toutes les formes impératives négatives contiennent ce mot « mê« , et aussi chaque fois qu’il y a une exhortation à ne pas faire une chose, donc, chaque fois qu’il y a appel à la responsabilité. Je me contenterai de reproduire ici de courts extraits.

Matthieu 13.14 : Vous entendrez et vous ne comprendrez point (‘ ou mê’), vous regarderez et vous ne verrez point » (id.).

Le verset 15 montre bien que le sujet est responsable de la situation :
Leur cœur est devenu insensible. Longtemps, le texte suivant m’a gêné :

Matthieu 24.26 : À celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a.

N’est-ce pas injuste ? Or, c’est la négation ‘mê’ qui est utilisée. Celui « qui n’a pas » n’est pas une victime; il est, en réalité, responsable de son dénuement. D’ailleurs, le reste de la parabole le montre.

Matthieu 7.18, 19 : Un bon arbre ne (‘ou’) peut porter de mauvais fruits ni (‘oude’) un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas (‘mê’) de bons fruits est coupé.

Porter de mauvais fruits n’est pas une fatalité. La personne (ou la nation) que l’arbre symbolise en est tenue pour responsable, de par la présence de la négation « mê« .

Cette responsabilité du sujet apparaît de la même façon dans des textes comme Jean 12.24 : Si le grain de blé ne meurt(mourir, au sens spirituel, est donc un choix à faire, non une fatalité à subir), ou encore en 1 Jean 3.14 et
1 Jean 4.8 et 20 :

Celui qui n’aime pas … (aimer aussi est un choix, non un sentiment indépendant de la volonté; il ne s’agit pas du coup de foudre !).

L’utilisation de la négation subjective ‘mê’ avec les verbes « croire « , « recevoir « , « comprendre »  et même « vouloir » montre à l’évidence que ces attitudes ne sont pas dues à une fatalité, fruit d’un choix arbitraire de Dieu. L’homme ne refuse pas de croire parce que Dieu lui en refuse la possibilité. Quand il ne croit pas, c’est parce qu’il ne veut pas croire ! Si la capacité de croire dépendait de Dieu seul, il faudrait lire, à propos des incrédules, qu’ils n’ont pas pu croire ou obéir… Or, les textes disent précisément l’inverse.

2 Thessaloniciens 1.8 : … punir ceux qui ne connaissent pas Dieu. L’emploi de « mê » montre qu’ils ne sont pas victimes de leur ignorance, mais qu’ils n’ont pas voulu le connaître.

1 Jean 5.10 : Celui qui n’a pas (‘mê’) le Fils, n’a pas (‘ouk’) la vie.

En 1 Thessaloniciens 2.15, l’apôtre mentionne ceux qui ne plaisent pas à Dieu. Il ne fait pas une simple constatation. La négation ‘mê’ en fait une condamnation. Ils ne plaisent pas parce qu’ils n’ont pas voulu plaire …

Avant de quitter ce paragraphe, je veux encore attirer votre attention sur un autre texte important :

2 Thessaloniciens 2.10 à 12 : … séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas (‘ouk’) reçu l’amour de la vérité qui les aurait sauvés. Aussi, Dieu leur envoie une puissance d’égarement pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n’ont pas (‘mê’) cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés.

On pourrait plaindre au premier abord ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité. Est-ce leur faute ? Mais recevoir est ici la traduction du verbe dechomai’ à l’aoriste. Or, ‘dechomaisignifie accepter ce qui est offert, c’est « accueillir ».
Ceux que Dieu abandonne à l’égarement et au mensonge, ce sont ceux – et ceux-là seuls – qui ont refusé l’amour de la vérité qui leur était offert. Avec ‘dechomai’, ‘mêétait superflu, d’autant plus qu’il est utilisé un peu plus loin avec le verbe croire: Ils nont pas voulu croire à la vérité, constatation qui n’est que le corollaire de leur choix: Ils ont pris plaisir à l’injustice.

Ainsi, la Bible – Jésus en particulier – parle de ceux qui n’ont pas cru, n’ont pas obéi, n’ont pas reçu, etc. comme d’hommes et de femmes qui en ont eu la possibilité mais ne l’ont pas voulu. Le libre arbitre est bien ainsi attesté.

  1. Le libre arbitre

Il nous faut maintenant répondre de façon claire à la question :
La Bible attribue-t-elle à l’homme une certaine liberté à l’égard de Dieu et du salut qu’il propose ? Dieu laisse-t-il à l’homme un autre rôle que celui d’automate ? Comme l’a écrit Stanislas van Mierlo (La Voie du Salut épuisé)

« Si quelques rares passages semblent à première vue confirmer l’action arbitraire de Dieu, l’Écriture s’adresse partout à l’homme comme à un être intelligent et libre qui peut, quand il ne lui résiste pas, faire ce que Dieu lui demande » … mais capable de s’opposer au dessein de Dieu, de le rendre nul pour lui-même, voire de se perdre par simple négligence. Les versets suivants l’attestent:

Hébreux 4.2 : La Parole ne leur servit de rien, parce qu’elle ne trouva pas de la foi chez ceux qui l’entendirent.

Luc. 7.30 : En ne se faisant pas (‘mê’) baptiser (du baptême de Jean), ils ont rendu nul le dessein de Dieu à leur égard.

Hébreux 2.3 : Comment échapperons-nous si nous négligeons un si grand salut?

Impossible de citer ici tous les textes qui prouvent la liberté relative mais réelle dont l’homme dispose. Nous reprenons seulement quelques-uns parmi les plus significatifs.

Deutéronome 28.1, 15 : Si tu obéis à la voix de l’Éternel.: mais si tu n’obéis point ... voici les malédictions qui viendront sur toi ... (Quel sens aurait une menace de malédiction contre un être qui n’aurait pas le choix de l’obéissance ?)

Deutéronome 30.19 : J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis (‘ bachar ‘) la vie ...

Josué 24.15 : Et si vous ne trouvez pas bon de servir l’Éternel, choisissez (‘bachar’) qui vous voulez (chaphets’) servir.

Job 24.14 : … ils disaient pourtant à Dieu: Retire-toi de nous; nous ne voulons (‘ chaphets ‘) pas connaître tes voies.

Ésaïe 1.19-20 : Si vous avez de la bonne volonté (‘abah, être désireux, vouloir) et si vous êtes dociles … mais si vous résistez et si vous êtes rebelles, vous serez dévorés par le glaive.

Ésaïe 65.12 : J’ai appelé et vous n’avez point répondu, j’ai parlé et vous n’avez point écouté … vous avez choisi (‘bachar’) ce qui me déplaît.

Jérémie 44.15-19 : Nous ne t’obéirons en rien de ce que tu nous as dit au nom de l’Éternel. Mais nous voulons agir comme l’a déclaré notre bouche.

Peut-on mieux établir que la désobéissance est un choix délibéré de l’homme ?

Jean 5.40 : Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie.

Jean 7.17 : Si quelqu’un veut faire Sa volonté … il connaîtra …

Actes 7.51: Vous vous opposez toujours au Saint-Esprit.

Rom. 1.2021 : Ils sont donc inexcusables puisque, ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié …

2 Tim. 3.8 : De même que Jannès et Janbrès s’opposèrent à Moïse, de même, ces hommes s’opposent à la vérité.

Hébreux 10.26-29 : Si nous péchons volontairement (‘hekousias’) après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus … qu’une attente terrible du jugement. [La seconde utilisation du mot ‘hekousias’,
en 1 Pierre 5, verset 2 (Paissez le troupeau de Dieu … non par contrainte, mais volontairement…),

en l’opposant à la « contrainte », en rend le sens indiscutable.]

Apocalypse 22.17 : Que celui qui veut prenne de l’eau de la vie …

Que l’homme soit libre en ce qui concerne l’appel au salut qui lui est adressé découle encore de la place importante que la Bible fait à l’appel à la repentance et à la conversion. Ce fut le message des prophètes (e.g. Ésaïe  21.12), de Jean-Baptiste, le plus grand d’entre eux (Mat. 3.2), de Jésus (Marc 1.15) et des apôtres (Actes 2.38 ; 3.19; etc.).

L’appel à la repentance ne serait qu’une abominable comédie si la possibilité n’en était pas donnée en même temps. Nous posons très sérieusement la question : Dieu peut-il vouloir que des hommes ne puissent vouloir ce qu’il veut qu’ils veuillent ?
Poser la question de cette manière, n’est-ce pas faire, par l’absurde, la démonstration de la liberté de l’homme ?

La liberté de l’homme ne s’oppose pas à la souveraineté de Dieu, parce que c’est souverainement que Dieu a décidé de créer l’homme libre.
La liberté de l’homme ne saurait déranger son plan, puisqu’elle en est partie constituante. Enfin, si l’homme n’était pas capable de répondre positive-
ment au souhait de Dieu, comment celui-ci pourrait-il lui en
demander compte et le punir ? S’ils étaient irresponsables,
pourquoi Paul, après le Christ, pleurerait-il sur eux
(Cf. 2 Cor. l2.21)?       P 58 à 61

  1. Quelques difficultés

Certains textes, à première vue, semblent donner raison à l’hypothèse de la prédestination. Il me semble utile de les examiner. Nous les aborderons dans l’ordre même où ils apparaissent dans le Nouveau Testament :

Matthieu 13.11 : Cela ne leur a pas été donné …

« Cela », c’est la capacité de comprendre les paraboles et non de se tourner vers le Christ dans la repentance. Le refus est-il arbitraire? La citation d’Ésaïe 6 faite aussitôt après montre que, si Dieu ne leur a pas ouvert les yeux, c’est parce qu’ils ne lui avaient pas ouvert leur cœur.

Actes 2.39-40 : La promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin en aussi grand nombre que le Seigneur, notre Dieu, les appellera.

On dira peut-être : Si la promesse concerne ceux que Dieu appelle, cela ne suppose-t-il pas que Dieu n’appelle pas tout le monde ? Ce que Pierre semble bien vouloir dire ici est extensif et non restrictif. Ce qu’il veut dire, c’est que son message ne se limite pas aux Juifs de la Palestine, ni même à ceux de la Diaspora. L’Esprit qui parle par sa bouche englobait sans doute aussi les païens que l’appel de Dieu allait atteindre. D’ailleurs, le verset 40 (Sauvez-vous de cette génération perverse) établit la responsabilité de celui qui entend. Et cette responsabilité est confirmée au verset 41, par l’emploi du verbe «accepter» (grec: ‘apodechomai’ = accueillir avec joie).

Actes 2.47 : Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés.

Ce verset signifierait-il que Dieu sauvait les prédestinés ? Il faut lire, littéralement: « Le Seigneur ajoutait à l’Église, les ‘en train d’être sauvés’ »,
La part du Seigneur est d’ajouter à l’Église. La présence de la responsabilité de l’homme est exprimée par le participe présent. Si le salut était le fruit d’une décision passée, il eut fallu utiliser l’aoriste.

Rom. 9.11, 16 : … afin que le dessein d’élection de Dieu subsistât sans dépendre des œuvres et par la seule volonté de celui qui appelle …
Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde.

L’élection ici mentionnée est celle du peuple d’Israël choisi en Jacob. Elle est, effectivement, le fait de l’absolue souveraineté de Dieu. Il nous suffit donc de rappeler que l’élection ne doit pas être confondue avec une hypothétique prédestination à croire.

2 Corinthiens 4.3,4 : Si notre Évangile est encore voilé, il est voilé pour ceux qui périssent, pour les incrédules dont le dieu de ce siècle a aveuglé l’intelligence pour qu’ils ne voient pas briller la splendeur de l’Évangile de la gloire du Christ.

Le verset contient la réponse à l’objection possible. Satan ne peut aveugler que les « incrédules », ceux qui ne veulent pas croire.

Phil. 2.13 : C’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire selon son bon plaisir.

Notre malice naturelle peut nous pousser à nous retrancher derrière ce verset pour nous excuser : Si je ne veux ni ne fais, c’est que Dieu ne le produit pas en moi ! S’il en était ainsi, quel serait le sens du verset 12 ?
Ce verset en appelle à l’entière responsabilité des Philippiens : Travaillez votre salut (comme on travaille un terrain pour le faire fructifier) avec crainte et tremblement. La suite, loin d’atténuer la responsabilité, l’accentue donc. Les lecteurs de Paul n’ont aucune excuse, car Dieu produit et le vouloir et le faire.

Il est vrai que l’expression selon son bon plaisir» peut nous égarer.
En français, cela pourrait vouloir dire « selon son caprice » plutôt que «selon son désir, qui est bon ». La préposition ‘huper’ (traduite « selon ») signifie « en vue de» et ‘eudokia’, c’est ce qui réjouit, ce en quoi le sujet prend plaisir. Il est traduit « bienveillant » en Éphésiens 1, verset 9, et 2 Thessalo-niciens 1, verset 11. Son bon plaisir, ici, c’est donc sa bonté bienveillante en même temps que l’œuvre qu’il lui est agréable d’accomplir. On peut comparer utilement notre verset à Hébreux 13, verset 21:
Que le Dieu de paix fasse en vous ce qui lui est agréable.

  1. Dernière conclusion

De l’examen des textes, une conviction profonde est née. La volonté de Dieu, c’est que QUICONQUE voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle (Jean 9.40). Croire, telle est notre responsabilité. Dieu fait tout le reste.

C’est lui qui peut donner un esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance, illuminer les yeux de notre cœur, pour que nous sachions quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu’Il réserve aux saints et quelle est ENVERS NOUS QUI CROYONS l’infinie grandeur de sa puissance se manifestant par la vertu de sa force (Cf. Eph. 1.17- 19).

Le ministère du pasteur Richard F. Doulière s’est poursuivi, à partir de 1966, sous le sigle E E E, pour Etudes & Echanges Evangéliques.
Une association fort modeste, mais dont le sigle résume aussi l’objectif de tout serviteur de Dieu tel que le caractérisait l’apôtre Paul en Colossiens 1.28 :
Évangéliser, Exhorter, Enseigner.


Retrouvez-le sur son site : Etudes & Échanges Évangéliques