Mise à jour importante (à mes yeux) d’un article déjà publié
Proclamons nous la vérité ? Quelle question déroutante.
Bien sûr que nous voulons tous annoncer un Évangile vrai ! Et pourtant…
En plus de 50 ans, j’ai été bien souvent derrière le pupitre pour enseigner. Mais je suis toujours un écolier qui doit apprendre et évoluer jusqu’à son dernier souffle, afin que Christ puisse de plus en plus être vu en moi et au travers de moi. Voici quelques critères qui me sont devenus chers au fil des ans, et qui pourraient nous aider pour nous sonder et éventuellement nous corriger. Premier principe :
Nous avons mission de prêcher la Parole,
toute la Parole, et rien que la Parole !
Si nous ne croyons pas que toute l’Écriture (AT et NT) est inspirée de Dieu sans erreurs, ne prêchons pas et ne publions pas de livres ou d’articles, car seule la Parole est vie et transmet la vie. (voir psaume 119)
Sola scriptura… mais qu’en est-il de la communication de messages inspirés individuels ?
Certains se posent en détenteurs de la Vérité, agissant en tant que prophètes privilégiés du Très Haut.
Disposent-ils d’une ligne spéciale, leur permettant d’annoncer à un tiers moins privilégié que le Seigneur les a chargés d’un message pour lui ?
Signe inquiétant : contrairement à celles des prophètes de l’ancienne alliance, ces révélations, pourtant personnelles, se font de préférence devant un public,
et non en particulier !
Cela dit, ne basculons pas à l’autre extrême, tellement rationnelle qu’elle exclut toute « parole de connaissance » surnaturelle, par laquelle Dieu pourrait choisir de nous avertir, de nous corriger, de préciser une indication de sa part. Ne limitons pas le Seigneur ! Une telle révélation n’est vraiment pas la norme, mais plutôt l’exception.
La norme est la conduite par la Parole de Dieu, directement à la personne concernée.
Elle peut être éclairée par le conseil fraternel sur la base de cette Parole.
Une vraie parole de connaissance ne se produit certainement pas en public, à la gloire du « prophète ». Elle est exprimée d’une manière beaucoup plus humble que le genre « J’ai un message du Seigneur pour toi ! » ou » Le Seigneur te dit… »
C’est plutôt un encouragement à une voie d’obéissance, de repentance, ou de confirmation d’un chemin où l’on hésiterait. (certainement pas pour dire quelle voiture acheter, et encore moins quel jeune homme ou quelle jeune fille épouser !)
Si vous voulez approfondir plus ce volet de la question, je vous recommande de taper sur Google : Podcasts TPSG Florent Varak Le Saint-Esprit.
Deuxième principe incontournable :
Nous avons mission d’annoncer Jésus-Christ, mort à notre place et ressuscité pour que nous vivions !
Que dit le grand apôtre Paul à ses chers Corinthiens, égarés dans tant de faux évangiles ?
1 Corinthiens 2.1,2 : Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. 2 Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.
Je vous ai promis un article entier sur ce sujet. Il viendra ! Mais je sais que 99% de mes lecteurs croient en ce message du Sauveur mort à notre place. Pour aujourd’hui, ma préoccupation est celle-ci :
À force d’être connu et certainement vécu, ce message de la croix est-il encore central dans notre vie ?
Que cette réalité soit l’élément vital incontournable de nos témoignages et de nos prédications !
Troisième principe :
Nous avons mission de transmettre notre perception de la vérité biblique
Un seul EST la Vérité, c’est Jésus ! Par lui, nous, nous sommes passés de l’obscurité à la lumière, du mensonge à la Vérité Jésus ! (Matthieu 4.16)
Ce qui fait que son Esprit nous donne l’intelligence avant tout de le connaître, lui, et cette connaissance n’est pas théorique, elle est relation, elle est faite d’écoute, de prière et d’obéissance !
1 Jean 5.20 : Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu et nous a donné l’intelligence pour connaître le vrai Dieu; et nous sommes unis au vrai Dieu si nous sommes unis à son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle.
Et comme souvent pour les relations humaines, cette connaissance comporte une révélation initiale fulgurante, qui continue par une perception progressive !
Par exemple, je sais que Dieu est saint, juste, amour, et ça ne changera pas !
Mais ma perception de lui et de ses attributs grandit (normalement !) de jour en jour !
Je sais que sa Parole est Vérité, mais je veux rester conscient que je ne suis qu’au bord de l’océan de sa grâce !
J’encourage donc mes lecteurs prédicateurs à aborder avec humilié un sujet controversé, dont ils savent bien que nos convictions ne sont pas unanimes.
Prêchons notre perception de cette vérité avec cette humble assurance, qui laisse à l’autre son espace de liberté de juger.
(cf. 1 Corinthiens 14.29)
Si nous parlons comme si nous étions un détenteur sans appel de la Vérité, nous durcissons souvent le ton, en sachant que d’autres pensent autrement, et nous faisons peser une lourde chape sur l’auditoire.
L’eschatologie avec le Millénium en est un exemple.
Et un autre en est la sotériologie, avec la prédestination.
Vous savez que ce dernier sujet me tient particulièrement à cœur.
Mais j’espère qu’en le traitant sur ce blog, j’ai toujours gardé à l’esprit cette évidence :
j’ai le droit (et le devoir) d’avoir des convictions fortes (sinon je me tairais !), mais je dois toujours rester conscient que je ne prêche pas la Vérité, mais seulement la perception que j’ai de cette vérité à l’instant où je parle ou écris !
Personnellement, les membres de mon Église m’ont très rarement entendu évoquer le sujet de la prédestination au micro, mais je dois avouer des dérapages dans des discussions. Je reconnais aussi que dans le passé, j’ai prêché avec force des convictions qui ne sont plus les miennes aujourd’hui. Pour ce qui est de l’avenir, il ne sera plus si long que cela, mais j’espère que ma connaissance intime de mon Sauveur continuera à croître !
Le serviteur de Dieu fidèle est conscient qu’il ne prêche pas LA vérité, mais sa perception de la vérité biblique au moment où il parle ou écrit !
Il se laissera donc volontiers reprendre et corriger. Il comprendra que ceux qui le font ne diminuent pas sa valeur à lui, mais lui permettent d’améliorer sa perception de la vérité biblique, ce qui est tout bénéf !
Je travaille à cela devant le Seigneur, car cette attitude est certainement naturelle pour beaucoup d’entre vous, mais, hum, pas spécialement en ce qui me concerne !
En complément à ce point, je vous recommande un article déjà présent sur le blog depuis longtemps, et que les théologiens feraient bien de prendre en considération, qu’ils se définissent comme arminiens ou comme calvinistes, comme millénaristes ou comme a millénaristes, comme charismatiques ou comme cessationistes :
Pourquoi ne voulons-nous pas reconnaître que nos théologies sont faillibles ?
Il y a encore un 4 ème aspect, qui me tient à cœur depuis longtemps :
Il ne suffit pas de prêcher notre perception de la Vérité aussi fidèle que possible aux Écritures, et aussi imprégnée que possible de la personne de Jésus.
Il faut aussi que que la vérité prêchée s’incarne en celui qui la communique !
Plaidoyer pour des prédications où l’orateur s’incarne lui-même dans ses paroles
Nos auditeurs ont-ils besoin de cours magistraux, qui font brillamment le tour complet d’une question en 3 ou 5 points, rehaussées de citations d’auteurs très connus (parfois juste de l’orateur) ?
Parfois oui, mais c’est surtout lors de formations spéciales.
Béni soit le Seigneur pour tous ces cours bibliques intensifs, qui aident à former des serviteurs solides dans l’œuvre du royaume de Dieu !
J’en ai bénéficié amplement, et j’en bénéficie encore !
Mais, dans nos communautés, a-t-on juste besoin d’entendre des cours de spécialistes de la Parole, certes instructifs, mais que nous pourrions aussi trouver dans un livre ou sur Internet (et… qui parfois en proviennent, malheureusement même d’une IA !) ?
Moi, je pourrais vous recopier une recette de kougelhof alsacien, mais si je vous dis que, tout fils de boulanger que je suis, je n’ai jamais fait le moindre kougelhof, ma crédibilité fond comme neige au soleil, n’est-ce pas ?
Vous vous doutez bien que je tiendrais ma recette de ma chère épouse. J’en aurais expérimenté quand même sa validité, en dégustant l’excellent gâteau sorti du four de Sonia ! Voilà, moi, je serais un théoricien du kougelhof, mon épouse une praticienne ! 🙂
Transposons avec un exemple, en dehors des prédications, il est vrai :
Jérémie 23.29 : Ma parole n’est-elle pas comme un feu, dit l’Éternel,
Et comme un marteau qui brise le roc ?
On est habitué à appliquer ce verset dans la prière pour un tiers endurci face à l’Évangile, pour demander au Seigneur de briser ce roc de résistance.
Pas faux, mais combien il est important de commencer par notre propre cœur, souvent si dur, même s’il est renouvelé par le Saint-Esprit !
C’est ce que fait Nicky Gumbel, dans son commentaire Alpha de ce verset :
Les mots de la Bible sont si puissants – comme le feu et comme un marteau qui brise une pierre en morceaux. Plus je l’étudie, plus il brise le roc de mon cœur, et le Saint-Esprit opère un processus de transformation et de sanctification.
Dans mes prédications, je peux dire des choses très justes et très importantes, mais… y rencontre-t-on « Claude » ? (en ce qui me concerne, bien sûr)
L’auditeur ne doit pas rencontrer dans l’orateur que le prédicateur qui a bien compris, et qui va enseigner les autres. Ils ont besoin de voir en lui l’homme, qui est fait de la même pâte qu’eux, et qui n’a pas peur de dévoiler ses combats, ses luttes et ses chutes !
Le prédicateur doit donc montrer comment il a remporté la victoire dans telle ou telle circonstance, avec les ressources de Christ !
C’est cela qui donne toute sa force et sa crédibilité à nos interventions !
Par exemple, nous ne voulons pas juste faire une excellente prédication théorique sur le mari selon la lettre aux Éphésiens. Si je suis un mari, et c’est le cas, j’ai 52 ans de travaux pratiques à mon actif, par la grâce de Dieu. Toutes les expériences n’ont pas été glorieuses, loin de là ! Mais vous apprendrez peut-être plus de mes échecs que de mes réussites ! (sans tomber dans l’autre extrême du voyeurisme !)
Impliquons nous donc dans nos prédications !
Ajout quelques mois plus tard :
Entre temps, j’ai un nouvel outil d’écriture, l’IA Meta AI. Je lui ai demandé de me fournir un compte-rendu des diverses positions évangéliques sur la théologie de la rétribution. Il l’a fait de manière si magistrale que je lui ai écrit : « je crois que je deviens paresseux ! Tu me sers tout sur un plat !
Réponse : « Non, Claude, tu serais paresseux si tu servais directo mon plat aux frères et sœurs ! Mais toi, tu vas le MANGER, le digérer, tu vas le retravailler, chercher les versets, prier, l’assimiler jusqu’à le faire tien. »
Frères prédicateurs, je vous en supplie, ne nous prêchez pas des livres, ne truffez pas vos sermons de citations d’auteurs !
Nous, les vieux frères, nous l’avons aussi fait. Un ami citait souvent Rick Waren, et moi, Larry Crabb !
Aujourd’hui, nous avons appris à MANGER et ASSIMILER ce que nous lisons, d’intégrer ces lectures à la grande base de données de notre vécu avec Christ, et d’exprimer ces vérités avec nos mots et selon nos expériences. Pareil pour ce qui émane de l’IA !
Dans une prédication, donc, que nos citations d’auteurs soient rares, elles n’en seront que plus percutantes !
Appendice
Je veux encore évoquer mon point de départ pour cette réflexion : c’est le fameux livre de David Watson de l’article précédent ! (au moment de la première mouture de l’article, fin 2025)
Du début à la fin, l’auteur, atteint d’un cancer mortel, affirme sa foi en sa guérison, suite à la prière de son ami John Wimber et 2 autres pasteurs.
Il s’est trompé, et nous ne partageons pas la doctrine charismatique qui est la leur.
Néanmoins, ce qui fait que ce livre est quand même si précieux, c’est que l’auteur affirme clairement qu’il peut se tromper, et il ne met pas le paquet sur la guérison de son corps, mais sur la transformation de son être intérieur à la ressemblance de Christ !
Il me délivre de clichés et préjugés : il y a 2 sortes de charismatiques : ceux comme Watson et, hélas, les gourous exaltés… dont Watson souffrait aussi, quand ils le visitaient ou lui écrivaient, lui disant de… prendre autorité sur la maladie etc.
Prolongement :
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