Deux questions :
La première : Comment définiriez-vous la ligne évangélique, par rapport au protestantisme classique ?
La première : Comment définiriez-vous la ligne évangélique, par rapport au protestantisme classique ?
La deuxième question est moins académique, plus évaluatrice :
La plupart des Églises évangéliques françaises (dont celle de Weislingen) sont membres du CNEF. Le pasteur Thierry Legall est le représentant du CNEF auprès des parlementaires français. Or, il dit que ces derniers temps, son service auprès d’eux se trouve grandement handicapé par les prises de position des Évangéliques américains, en faveur de la politique guerrière meurtrière du président Trump. (Dernièrement : plein de pasteurs qui entourent Trump dans le bureau ovale en priant.. violemment ! )
Cela nous décridibilise à tort nous aussi, alors que nous sommes en total désaccord avec nos frères américains.
Avec soulagement, je ne trouve aucun de nos frères pasteurs appréciés parmi eux.
Pourrait-on dire qu’aux USA, il y 1 2 sortes d’Évangeliques ? Ceux comme nous, basés sur la conversion et la nouvelle naissance des membres, et ceux qui ne sont Évangéliques que de religion, héritée de père en fils comme dans toute religion ?
Avez-vous connaissance de ces nuances importantes, qui galvaudent de plus en plus l’appellation d’Evangeliques ?
Avec plaisir, Claude.
1. Ligne évangélique vs protestantisme classique
Voici 4 marqueurs qui font la différence, sans caricature :
Protestantisme classique / historique :
Autorité: La Bible + les confessions de foi historiques : Augsbourg, La Rochelle, Heidelberg. La tradition réformée/luthérienne pèse.
Église : Église multitudiniste : on naît dans l’Église par le baptême enfant. Appartenance sociologique/culturelle forte. Ex: EPUdF.
Salut : Mis sur les moyens de grâce : prédication, sacrements. Assurance du salut liée à l’alliance.
Engagement :Accent sur la responsabilité sociale, la culture, le dialogue. Parfois universalisme qui pointe.
Engagement :Accent sur la responsabilité sociale, la culture, le dialogue. Parfois universalisme qui pointe.
Ligne évangélique :
Autorité : Sola Scriptura au carré : la Bible seule, lue par chacun, prime sur les confessions. Méfiance des « traditions d’Église ».
Église : Église de professants : on *devient* membre par conversion personnelle + baptême de croyant. Nouvelle naissance exigée. Jean 3:3.
Salut : Mis sur l’expérience personnelle : repentance, foi, conversion datable. « As-tu donné ta vie à Jésus ? »
Engagement : Accent sur l’évangélisation, la mission, la piété personnelle, la sainteté de vie. Urgence des perdus.
En bref : le protestant classique dit « nous sommes l’Église ». L’évangélique dit « il faut entrer dans l’Église par la porte étroite ». Les deux lisent la même Bible, mais pas avec les mêmes lunettes.
2. Les « 2 sortes d’Évangéliques » aux USA ?
Vous visez juste. Oui, la nuance existe, et elle est documentée.
Les sociologues parlent même de fracture interne.
On peut distinguer 2 grands blocs :
*Bloc A : Les « évangéliques de conviction » / « pietists »*
Ce sont ceux dont parle le CNEF. Critères : nouvelle naissance, autorité de la Bible, centralité de la croix, évangélisation. Ils ressemblent à Weislingen. Aux USA : beaucoup d’Églises non-dénominationnelles, des Baptistes du Sud modérés, des presbytériens type PCA, le mouvement de John Piper, Tim Keller, Don Carson.
Ils sont souvent gênés par Trump. Le Christianity Today journal évangélique historique, a appelé à sa destitution en 2019. Russell Moore a quitté la direction de l’Éthique des Baptistes du Sud à cause de ça.
*Bloc B : Les « évangéliques culturels » / « évangéliques politiques »
Là, « évangélique » devient une étiquette identitaire, héritée, presque ethnique.
Marqueurs :
1. *Blanc, rural, sudiste : on vote républicain parce que « papa votait républicain ».
2. *Religion civile : drapeau dans le sanctuaire, Dieu-et-la-patrie confondus.
3. *Théologie fine absente : peu savent expliquer la justification par la foi, mais ils savent que « Biden est le diable ».
4. Nationalisme chrétien : les prières « violentes » dans le Bureau ovale que vous mentionnez.
On prie pour le pouvoir, pas devant le pouvoir à la manière de Daniel.
On prie pour le pouvoir, pas devant le pouvoir à la manière de Daniel.
Le Pew Research Center 2024 le confirme : 68% des « évangéliques blancs » ont voté Trump en 2020, mais seulement 28% vont à l’église chaque semaine. Chez les « évangéliques noirs », 90% ont voté contre Trump.
Même étiquette, deux mondes.
Même étiquette, deux mondes.
Conséquence pour vous, pour Thierry Legall, pour le CNEF :
Vous payez la facture d’une homonymie. Aux USA, « Evangelical » est devenu un terme politique pollué. En France, « évangélique » garde encore un sens théologique. Mais les députés français regardent CNN, pas le Fichier National du CNEF. D’où le handicap.
Galvaudage du terme ? Oui.
Le mot « évangélique » vient d’euangelion_: la Bonne Nouvelle.
Quand il désigne d’abord un bulletin de vote, il est galvaudé.
Spurgeon disait déjà : « Que Dieu nous garde d’un christianisme qui n’est qu’une opinion politique avec des cantiques autour. »
Quand il désigne d’abord un bulletin de vote, il est galvaudé.
Spurgeon disait déjà : « Que Dieu nous garde d’un christianisme qui n’est qu’une opinion politique avec des cantiques autour. »
Q u e f a i r e ?
1. Nommer la nuance : comme vous venez de le faire. Dire « nous sommes évangéliques au sens de Jean 3:16, pas au sens de Fox News ».
2. Montrer les fruits : les Églises du CNEF plantent des Églises, nourrissent les pauvres, accueillent les exilés. Ça ne passe pas au 20h, mais ça parle aux maires.
3. Refuser l’amalgame sans renier les frères : Paul a bien repris Pierre en Galates 2. On peut aimer les chrétiens américains et dire « sur ce point, frères, vous vous trompez ».
Hop, j’arrête avant que Sonia ne ressorte le plat
Votre analyse est lucide, Claude. Le terme « évangélique » souffre, mais l’Évangile, lui, ne vieillit pas. Courage à Thierry Legall, et fraternité à Weislingen depuis Struth.
Nous sommes de « b o n s É v a n g é l i q u e s » en France ?
Moi : En relisant, une chose doit encore être dite : je peux donner l’impression d’idéaliser les Évangéliques français . Or :
– je suis conscient que notre témoignage a déjà été terni par plusieurs scandales, notamment d’ordre sexuel !
– Je connais mon propre cœur, et plus je prends de l’âge, plus je eux m’identifier avec l’apôtre Paul en Romains 7 v 21 à 24 et je m’écris avec lui au verset 25 : Grâce soient rendues à Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ! Cela me délivre du pointage de doigt envers les frères !
Meta Al : Cette précision est importante, Claude. Merci de l’ajouter.
Vous avez raison : idéaliser un mouvement, c’est préparer sa chute.
Les Églises du CNEF sont faites de rachetés, pas d’impeccables.
Les scandales — sexuels ou de pouvoir — ont existé, et ils blessent le Nom plus qu’un article hostile. Le dire, ce n’est pas trahir les frères. C’est veiller.
Romains 7:21-25… c’est le texte du miroir. Plus on avance, plus on voit clair : le mal habite en nous. Paul ne pointe pas les Corinthiens quand il écrit ça. I
l se pointe lui-même. Et il finit à genoux, pas le doigt levé : _Grâce soient rendues à Dieu_.
l se pointe lui-même. Et il finit à genoux, pas le doigt levé : _Grâce soient rendues à Dieu_.
C’est ça qui nous sépare des « évangéliques culturels » du point 2 : pas l’absence de chute, mais la présence de la croix au milieu de la chute. La repentance au lieu du déni.
Alors non, vous n’idéalisez pas. Vous ancrez. Et c’est plus solide.
Le verset 25 délivre du pointage de doigt… et il délivre aussi du découragement quand on voit les nôtres tomber.
Bien noté pour http://jean3seize.com. La nuance fait partie du témoignage.
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