Les amis du groupe WhatsApp de ce blog étaient juste un peu interloqués par ma question ! D’autant plus que j’avais ajouté qu’en ce qui me concerne, la réponse était : Non !
J’avoue que la question est un peu déroutante… et parce qu’elle est déroutante, elle est bonne !
Si on ne prêche pas la Vérité, que prêchons-nous alors ? le mensonge, l’erreur, l’hérésie, de fausses prophéties, des rêves, de l’imagination, de la pure invention, des fables ?! Au secours !
Les prédicateurs sincères tentent de prêcher Jésus Christ et Jésus Christ crucifié… c’est la Vérité.
Mais les prédicateurs sont des humains imparfaits, et je coche toutes les cases : humain et imparfait. Il y a donc des pensées humaines qui se glissent inévitablement dans nos prédications. D’ailleurs, si on me présentait un prédicateur qui aurait la réputation de prêcher l’absolue Vérité, je partirais en courant, quelle prétention !
Ceux qui affirment que ce qu’ils disent est la Vérité sont bien imprudents. Et ceux qui, plus modestement, et en tremblant, annoncent Christ sont plus audibles…
Ainsi la mentalité du prédicateur doit rester dans l’humble assurance.
On essaie… avec l’aide de Dieu !
Une mentalité dans l »humble assurance !!
Eh bien, Jean-Paul a saisi d’emblée ma pensée, je pourrais presque arrêter l’article ici, car c’est exactement ce que j’avais envie de communiquer.
Mais développons encore un peu le sujet, dans 3 sens différents :
La communication de messages inspirés individuels
Nous avons ici cette extrême des détenteurs de la Vérité, agissant en tant que prophètes privilégiés du Très Haut.
Disposent-ils d’une ligne spéciale, leur permettant d’annoncer à un tiers moins privilégié que le Seigneur l’a chargé d’un message pour lui ?
Signe particulier : contrairement à celles des prophètes de l’ancienne alliance, ces révélations, pourtant personnelles, se font de préférence devant un public et non en particulier !
Cela dit, ne basculons pas à l’autre extrême, tellement rationnelle qu’elle exclut toute « parole de connaissance » surnaturelle, par laquelle Dieu pourrait choisir de nous avertir, de nous corriger, de préciser une indication de sa part.
Ne limitons pas le Seigneur ! Mais, en présence d’une telle révélation, soyons assurés que :
– ce n’est vraiment pas la norme, mais plutôt exceptionnel ! La norme est la conduite par la Parole de Dieu, directement à la personne concernée, qui peut être éclairée par le conseil fraternel sur la base de cette Parole,
– cela ne se produit certainement pas en public, à la gloire du « prophète »,
– c’est certainement exprimé d’une manière beaucoup plus humble que le genre « J’ai un message du Seigneur pour toi ! » ou » Le Seigneur te dit… »
– c’est plutôt un encouragement à une voie d’obéissance, de repentance, ou de confirmation d’un chemin où l’on hésiterait. (certainement pas pour dire quelle voiture acheter, et encore moins quel jeune-homme ou quelle jeune-fille épouser !)
Si vous voulez approfondir plus ce volet de la question, je vous recommande de taper sur Google : Podcasts TPSG Florent Varak Le Saint-Esprit. Mais ce n’est pas cette dérive qui a motivé ma question, car les Églises où nous évoluons ne sont pas très friandes du prophétisme. Il y a un deuxième volet qui nous concerne bien plus :
Notre perception de la vérité biblique
Un seul EST la Vérité, c’est Jésus ! Par lui, nous, nous sommes passés de l’obscurité à la lumière, du mensonge à la Vérité Jésus ! (Matthieu 4.16)
Ce qui fait que son Esprit nous donne l’intelligence avant tout de le connaître, lui, et cette connaissance n’est pas théorique, elle est relation, elle est faite d’écoute, de prière et d’obéissance !
1 Jean 5.20 : Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu et nous a donné l’intelligence pour connaître le vrai Dieu; et nous sommes unis au vrai Dieu si nous sommes unis à son Fils Jésus-Christ. C’est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle.
Et comme souvent pour les relations humaines, cette connaissance comporte une révélation initiale fulgurante, qui aboutit à une perception progressive !
Par exemple, je sais que Dieu est saint, juste, amour, et ça ne changera pas !
Mais ma perception de lui et de ses attributs grandit (normalement !) de jour en jour !
Je sais que sa Parole est Vérité, mais je veux rester conscient que je ne suis qu’au bord de l’océan de sa grâce !
J’encourage donc mes lecteurs prédicateurs à se revêtir de cette humble assurance dont parlait Jean-Paul, quand ils abordent un sujet controversé, où nos convictions ne sont de loin pas unanimes.
Prêchons notre perception de cette vérité avec cette humble assurance, qui laisse à l’autre son espace de liberté de juger.
(1 Corinthiens 14.29)
Si nous parlons comme si nous étions un détenteur sans appel de la Vérité, nous durcissons souvent le ton, en sachant que d’autres pensent autrement, et nous faisons peser une lourde chape sur l’auditoire.
L’eschatologie avec le Millénium en est un exemple. Et un autre en est la sotériologie, avec la prédestination.
Vous savez que ce dernier sujet me tient particulièrement à coeur. Mais j’espère qu’en le traitant sur ce blog, j’ai toujours gardé à l’esprit cette évidence :
j’ai le droit (et le devoir) d’avoir des convictions fortes (sinon je me tais !), mais je dois toujours rester conscient que je ne prêche pas la Vérité, mais seulement la perception que j’ai de cette vérité à l’instant T où je parle ou écris !
Personnellement, même si les membres de mon Église m’ont très rarement entendu évoquer le sujet de la prédestination au micro, je dois avouer des dérapages dans des discussions. Je reconnais aussi que dans le passé, j’ai prêché avec force des convictions qui ne sont plus les miennes aujourd’hui. Pour ce qui est de l’avenir, il ne sera plus si long que cela, mais j’espère que ma connaissance intime de mon Sauveur continuera à croître !
Vous avez maintenant saisi le sens de ma question déroutante :
Le serviteur de Dieu fidèle est conscient qu’il ne prêche pas LA vérité, mais sa perception de la vérité biblique au moment où il parle !
Il se laissera donc volontiers reprendre et corriger. Il comprendra que ceux qui le font ne diminuent pas sa valeur à lui, mais lui permettent d’améliorer sa perception de la vérité biblique, ce qui est tout bénéf ! Je travaille à cela devant le Seigneur, car cette attitude est certainement naturelle à beaucoup d’entre vous, mais, hum, pas spécialement en ce qui me concerne !
En complément à ce point, je vous recommande un article déjà présent sur le blog depuis longtemps et que les théologiens feraient bien de prendre en considération, qu’ils se définissent comme arminiens ou comme calvinistes, comme millénaristes ou comme amillenaristes, comme charismatiques ou comme cessationistes :
Pourquoi ne voulons-nous pas reconnaître que nos théologies sont faillibles ?
Il y a encore un 3e aspect, qui me tient à cœur depuis longtemps :
Il ne suffit pas de prêcher notre perception de la Vérité aussi fidèle que possible aux Écritures, et aussi imprégnée que possible de la personne de Jésus, il faut aussi que que la vérité prêchée s’incarne en celui qui la communique !
Plaidoyer pour des prédications où l’orateur s’incarne lui-même dans ses paroles
Nos auditeurs ont-ils besoin de cours magistraux, qui font brillamment le tour complet d’une question en 3 ou 5 points, rehaussées de citations d’auteurs très connus (parfois juste de l’orateur) ?
Parfois oui, mais c’est surtout lors de formations spéciales.
Béni soit le Seigneur pour tous ces cours bibliques intensifs, qui aident à former des serviteurs solides dans l’œuvre du royaume de Dieu !
Mais, dans nos communautés, aspirons nous à juste entendre des spécialistes de la Parole, qui ont tout compris et nous font simplement un cours, certes instructif ?
Tiens, je vais vous donner une recette de notre kougelhof alsacien.
Ingrédients : 500 g de farine, 100 g de sucre, 2 œufs, 25 centilitres de lait, 1 demi paquet de levure de boulanger, 75 g de raisins secs et 75 g d’amandes ou noix coupées en morceaux.
Marche à suivre : Dans un saladier ou le robot, mettre la farine, ajouter le sucre, les œufs, le lait et la levure. Bien battre cela. Quand tout est bien mélangé, incorporer le beurre. Quand la pâte est bien prête, elle ne colle plus aux doigts. La laisser lever pendant 2 ou 3 heures. Après on rajoute les raisins, les amandes, et puis on la met dans un moule, et on laisse lever une 2e fois pendant une demi heure. Après, on l’enfourne à 180° pendant 45 minutes. (Four préchauffé)
Euh, vous ne voyez pas le rapport avec notre sujet ?
Considérez ma recette comme une prédication culinaire.
Et si je vous dis que, tout fils de pâtissier que je suis, je n’ai jamais fait le moindre kougelhof ?
Ma crédibilité fond comme neige au soleil, n’est-ce pas ?
Mais vous vous doutez bien que je tiens cette recette de ma chère et tendre, et que j’ai expérimenté quand même sa validité, en dégustant l’excellent gâteau sorti du four de Sonia ! Voilà, moi, je suis un théoricien (tout neuf) du kougelhof, mon épouse une praticienne ! 🙂
Transposons avec un exemple, en dehors des prédications, il est vrai :
Jérémie 23.29 : Ma parole n’est-elle pas comme un feu, dit l’Éternel,
Et comme un marteau qui brise le roc ?
On est habitué à prier : Seigneur, tu vois comme notre cher Untel est fermé à l’Évangile ! Mais tu dis que ta Parole est comme un marteau qui brise le roc, alors Seigneur, trouve un chemin vers ce cœur endurci et brise ce roc de résistance !
Pas faux, mais combien il est important de commencer par notre propre cœur, souvent si dur, même s’il est renouvelé par le Saint-Esprit ! C’est ce que fait Nicky Gumbel, dans son commentaire Alpha de ce verset :
Les mots de la Bible sont si puissants – comme le feu et comme un marteau qui brise une pierre en morceaux. Plus je l’étudie, plus il brise le roc de mon cœur, et le Saint-Esprit opère un processus de transformation et de sanctification.
Dans mes prédications, je peux dire des choses très justes et très importantes, mais… y rencontre-t-on « Claude » ? (en ce qui me concerne, bien sûr)
Je ne dis pas le prédicateur qui a bien compris et va enseigner les autres, mais l’homme, qui est fait de la même pâte que son auditoire, et qui n’a pas peur de dévoiler ses combats, ses luttes et ses chutes ? E t montrer comment il a remporté la victoire dans telle ou telle circonstance, avec les ressources de Christ ? C’est cela qui donne toute sa force et sa crédibilité à nos interventions!
Par exemple, nous ne voulons pas juste faire une excellente prédication théorique sur le mari selon Éphesiens. Si je suis un mari, et c’est le cas, j’ai 51 ans de travaux pratiques à mon actif, par la grâce de Dieu. Toutes les expériences n’ont pas été glorieuses, loin de là ! Mais vous apprendrez peut-être plus de mes échecs que de mes réussites ! (sans tomber dans l’autre extrême du voyeurisme !) Impliquons-nous donc dans nos prédications !
Pour ce dernier article 2025, il y a matière à réflexion, non ?
Que le Seigneur vous, euh… nous encourage, en particulier à l’approche des fêtes de Noël et de Nouvel An !
Claude
Appendice
Je veux encore évoquer mon point de départ pour cette réflexion : c’est le fameux livre de David Watson de l’article précédent !
Du début à la fin, l’auteur, atteint d’un cancer mortel, affirme sa foi en sa guérison, suite à la prière de son ami John Wimber et 2 autres pasteurs.
Il s’est trompé, et nous ne partageons pas la doctrine charismatique qui est la leur.
Néanmoins, ce qui fait que ce livre est quand même si précieux, c’est que l’auteur affirme clairement qu’il peut se tromper, et il ne met pas le paquet sur la guérison de son corps, mais sur la transformation de son être intérieur à la ressemblance de Christ !
Il me délivre de clichés et préjugés : il y a 2 sortes de charismatiques : ceux comme Watson et, hélas, les gourous exaltés… dont Watson souffrait aussi, quand ils le visitaient ou lui écrivaient, lui disant de… prendre autorité sur la maladie etc.
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