Voici le dernier des textes troublants de la lettre aux Hébreux concernant le retour en arrière de ceux qui ont professé vouloir suivre Christ.
Parmi les commentaires, j’ai trouvé celui de Christian BRIEM le plus clair. Jugez-en vous-même…
v 26 : si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité…
L’auteur évoque les sacrifices pour le péché en Lévitique 4 (et en Nombres 15), qui n’étaient prévus que pour les péchés commis « par erreur ». Et il pose la question :
Y a-t-il des péchés qui ne sont pas pardonnés, par exemple les péchés commis « volontairement » (Hébreux 10:26) ou « contre le Saint Esprit » (Matt. 12.31,32) ? Ces questions peuvent causer beaucoup de troubles chez un enfant de Dieu.
Péchés volontaires ou accidentels
L’auteur ne relève aucune différence entre péchés volontaires ou accidentels des enfants de Dieu dans le NT. Il note juste la particularité du « péché à la mort » (1 Jean 5.16-17), et là il s’agit d’un péché qui, dans le gouvernement de Dieu avec ses enfants, a pour effet la mort du corps, comme dans le cas d’Ananias et Saphira (Actes 5). Mais cela ne touche pas la question du salut éternel.
Un vrai chrétien ne pèche pas intentionnellement, mais sous l’emprise momentanée de la chair, qui existe encore en lui.
Quand un vrai chrétien pèche, ce n’est pas un cas normal aux yeux de Dieu — et le croyant peut aussi le considérer ainsi — mais c’est une sorte d’état exceptionnel qui conduit bien sûr à ce que la communion avec Lui est entravée, et il ne peut y être remis l’ordre que par la confession devant Lui. Mais parce que Christ est mort sur la croix pour les siens, les enfants de Dieu possèdent, en principe et à demeure, la vie éternelle ainsi que la rémission (le pardon) de leurs péchés (1 Jean 5:13 ; Col. 1:14 ; Héb. 10:14-18). S’il n’en était pas ainsi, aucun d’entre nous ne pourrait d’ailleurs être sauvé. Christ Lui-même ne peut rien faire de plus pour nous que ce qu’il a fait ; et si cela ne suffisait pas, rien ne pourrait suffire ; car Il ne peut pas mourir une nouvelle fois.
En Hébreux 10.26, il n’est pas question d’enfants de Dieu, mais de gens qui professent adhérer au christianisme, à la « vérité ».
Or, quand de tels professants abandonnent sciemment le christianisme pour adopter à la place une religion humaine, cela est alors l’apostasie de la foi chrétienne.
C’est cela qui est qualifié de péché volontaire dans ce passage.
À l’égard de vrais chrétiens, cela n’est jamais dit.
Et le péché contre le Saint-Esprit ?
– L’auteur fait remarquer que tout péché est dirigé contre le Saint Esprit, parce que le Saint Esprit est Dieu comme le Père et le Fils.
– Il y a bien ce que les Évangiles appellent blasphème contre le Saint Esprit (Mathieu 12.31 ; Marc 3.29 ; Luc 12.10). Christian Briem fait remarquer que c’était un péché qu’on ne pouvait commettre qu’au temps de Jésus sur terre, en attribuant à Satan l’action manifeste du Saint-Esprit par lui. (Matt. 12.24 à 28)
Plus de sacrifice pour les péchés
Hébreux 10.26 dit que, si quelqu’un pèche volontairement, il ne reste plus de sacrifice pour le péché, mais seulement une attente terrible du jugement. Comment ce passage s’accorde-t-il avec 1 Jean 2.1 où Christ nous est présenté comme avocat au cas où nous péchons ? Et 2 Pierre 2.20 ne montre-t-il pas la même situation que Hébreux 10.26 ?
Professants sans vie en Hébreux 10.26 et 2 Pierre 2.20. Rétablissement de la jouissance de la communion en 1 Jean 2.1
La conviction de l’auteur est qu’Hébreux 10.26 ne concerne pas des enfants de Dieu quand ils pèchent, mais des Juifs qui avaient quitté le judaïsme et avaient adhéré à une profession extérieure de foi chrétienne, sans être réellement nés de nouveau. Pour échapper à la persécution, ils étaient en danger d »abandonner Christ et son sacrifice sur la croix pour retourner au judaïsme. C’était donc un péché volontaire, car ils avaient reconnu la vérité de l’Évangile, donc du salut en Jésus seul. L’apôtre les avertit que, s’ils rejetaient ce sacrifice parfait, ils ne pourraient recourir à aucun autre ! (car celui de Christ a abrogé tous les autres !)
Préférer le judaïsme ou n’importe quelle religion humaine à Christ après avoir reçu la connaissance de la vérité, c’était l’apostasie, l’abandon de la foi chrétienne. La fin d’un tel homme ne pouvait être que le jugement (voir aussi 6.1-8).
Ce passage donc ne parle pas plus que 2 Pierre 2:20 de ce qu’un croyant pourrait aller à la perdition (perdre le salut). Il montre bien plutôt ce qui attend un simple professant sans la vie quand il rejette le seul sacrifice de Christ.
L’auteur admet que l’écrivain de l’épître ne parle pas de « quiconque », mais de « nous » (si nous péchons volontairement…). Mais il fait remarquer que la lettre s’adresse à un public mixte (chrétiens nés de nouveaux et autres, simplement professant des vérités non encore traduites dans leurs vies).
Celui qui professe être à Christ, est responsable devant Dieu de se conduire de manière correspondante à sa profession. Le professant croyant est capable de satisfaire à cette responsabilité, mais pas le professant incrédule. Personne n’a le droit de penser que cette parole d’avertissement ne le concerne pas. Mais dans sa conséquence ultime, elle ne vise pourtant que ceux qui n’ont pas passé par la nouvelle naissance.
En contraste…
En contraste avec ce texte d’Hébreux 10, dans celui d’ 1 Jean 2.1, il s’agit exclusivement de vrais enfants de Dieu.
Si nous péchons comme croyants, nous avons alors dans la personne du Seigneur Jésus un avocat [litt. : « quelqu’un qui parle pour nous »] auprès du Père, lequel, en tant que Juste auprès du Père, est la propitiation pour nos péchés.
Même le cas honteux où nous avons péché, ne modifie pas notre relation avec le Père : nous sommes et restons ses enfants, — des enfants désobéissants certes, mais des enfants quand même.
Certes la jouissance de cette relation est interrompue de notre côté par notre péché, mais non pas la relation elle-même. C’est une profonde consolation de ce que nous avons un avocat auprès du Père pour le cas si sérieux d’avoir péché — un avocat qui est déjà actif pour nous avant notre chute, et qui, dans Son amour, entreprend tout pour nous ramener à la jouissance de la communion.
(Bibliquest, Christian Briem) Traduit de l’allemand « Antworten auf Fragen zu biblischen Themen » = Réponses à des questions sur des thèmes bibliques, Ed. CSV, 2005 — p. 231 et 234
Lisez ici l’étude entière :
Le péché volontaire est-il pardonnable ?
Compléments
- Hébreux 2.3 doit-il inquiéter les véritables enfants de Dieu ? (C.S)
- Hébreux 3.6b : Et sa maison, c’est nous, si du moins nous gardons…
>> par Bibliquest - Hébreux 3.13 et ss : Une mise en garde à prendre à cœur (John DARBY)
>> par BibleEnLigne - Hébreux 6.4 à 8 : Un papillon qui redevient chenille ?
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