La notion de mérite dans la Bible

Un théologien m’écrit : Si on dit que ceux qui l’acceptent le font sans qu’il y ait quoi que ce soit de la part de Dieu qu’il ne met pas à la disposition des autres (c’est-à-cire, qu’il n’y a pas de « favoritisme » de sa part), on tombe dans le problème arminien. Ceux qui sont sauvés seraient meilleurs, au moins par le fait d’avoir donné une meilleure réponse à l’offre du salut, que les perdus. Et voilà, on a remis quelque part le mérite humain dans le salut.

Nous autres, évangéliques, nous sommes extrêmement allergiques à l’idée des mérites humains. Avec raison, le plus souvent, et c’est clair qu’aucun mérite ne peut être attribué au pécheur pour son salut. La foi qui se saisit d’un don …immérité ne saurait être méritoire, cela va de soi. Vérité en béton, sans aucune nuance.

Et pourtant, que disent aussi les Écritures ?
Apocalypse 3.4 : …quelques-uns parmi vous, à Sardes, n’ont pas sali leurs vêtements. Ceux-là viendront avec moi en vêtements blancs, parce qu’ils le méritent. (ou : parce qu’ils en sont dignes.)

Plus loin, le Seigneur met en relation la fidélité des chrétiens de Philadelphie avec l’expression de la sienne :
Apocalypse 3.10 : Tu as gardé fidèlement ma parole, alors moi aussi, je te garderai au moment du malheur.

Je note donc que la notion de mérite n’est pas absente de la doctrine biblique. Les deux serviteurs fidèles de la parabole des talents sont félicités, et celui qui ne l’est pas est blâmé ! (cf. Matthieu 25.21,23, 26 à 30)
Mais bien sûr que le mérite de nos mérites revient au Seigneur, puisqu’il est la source de tout bien en nous. C’est une fois de plus le bel équilibre des Écritures ! Toute la gloire revient à Dieu, mais l’encouragement est pour ses enfants ! D’ailleurs, si nous refusons la saine notion de mérite pour nos bonnes actions (sans rapport avec notre salut), la notion de blâme pour les mauvaises actions n’aurait pas de sens non plus, n’est-ce pas ?

Aucune contradiction avec ce que Paul écrit aux Romains :
Romains 3.25 à 28 : C’est lui que Dieu a offert comme une victime destinée à expier les péchés, pour ceux qui croient en son sacrifice. […]
Ce sacrifice montre aussi la justice de Dieu dans le temps présent, car il lui permet d’être juste tout en déclarant juste celui qui croit en Jésus.

Reste-t-il encore une raison de se vanter ? Non, cela est exclu. Pourquoi ? Parce que ce qui compte, ce n’est plus le principe du mérite, mais celui de la foi. Voici donc ce que nous affirmons : l’homme est déclaré juste par la foi sans qu’il ait à accomplir les œuvres qu’exige la Loi.

Une fois de plus, il nous faut bien distinguer de quoi on parle. Voici :

Le problème : le péché, rupture de cœur d’avec Dieu
Sa conséquence : La perdition, rupture éternelle d’avec Dieu
La solution : La croix, la réconciliation offerte par grâce (pas de place ici pour la moindre initiative humaine, aucun effort, aucune œuvre méritoire) On est tous d’accord, quelle que soit notre école théologique.
Son appropriation : La repentance, la foi dans le Sauveur

(Même suscitée par le Dieu qui attire nos cœurs, cette démarche comporte des efforts, des luttes, car il y a la résistance du Moi et du diable. Et Jésus n’a pas peur de ravir la gloire à son Père en louant (félicitant) ceux qui croient. Par exemple le centenier en Matthieu 8.10.

Reconnaître un mérite n’est donc pas forcément anti biblique… C’est le regard d’approbation du Père sur ses enfants, lorsqu’ils lui font confiance : « C’est bien ! » Qu’ils sont malheureux, les enfants qui n’ont que des ordres et des reproches de la part de leur père, jamais de parole d’approbation ! J’espère qu’aucun père, en félicitant son enfant n’ait la pénible impression que son fils lui ravisse quelque chose de son prestige à lui ?

Romains 4 corrobore tout cela. Évitons juste d’employer le mot « mérite » sans explication pour ne pas créer un amalgame fâcheux avec le salut mérité. Mais lisons :
V2 à 5 = 9 = 22 : Si Abraham a été déclaré juste en raison de ce qu’il a fait, alors certes, il peut se vanter. Mais ce n’est pas ainsi que Dieu voit la chose ! En effet, que dit l’Écriture ? Abraham a eu confiance en Dieu, et Dieu, en portant sa foi à son crédit, l’a déclaré juste. Si quelqu’un accomplit un travail, on lui compte son salaire non pas comme si on lui faisait une faveur, mais d’après ce qui lui est dû. Et si quelqu’un n’accomplit pas d’œuvre mais place sa confiance en Dieu qui déclare justes les pécheurs, Dieu le déclare juste en portant sa foi à son crédit.
V 23 à 25 : Or cette parole […] nous concerne nous aussi. Car la foi sera aussi portée à notre crédit, à nous qui plaçons notre confiance en celui qui a ressuscité des morts Jésus notre Seigneur ; il a été livré pour nos fautes, et Dieu l’a ressuscité pour que nous soyons déclarés justes.

Une illustration, pour terminer et rejoindre l’objection de départ :
Pour devenir ma femme, mon épouse a eu au moins le »mérite » indispensable de répondre à la cour que je lui ai faite. Elle a donc eu le « mérite » de donner une meilleure réponse à mon appel que d’autres jeunes filles dans le passé, qui ne sont pas devenues ma compagne de vie. Mais ce n’est pas un motif de gloriole pour elle, elle ne s’en est jamais pavané ! Et ce n’est pas cette meilleure réponse qui m’a poussé à lui proposer de devenir ma femme, c’est l’inverse ! Ainsi, chacun de nous doit avoir ce mérite de la seule bonne réponse à donner à notre Sauveur, mais son salut est entièrement accompli… sans nous ! Ne confondons pas salut et appropriation du salut, et personne ne trouvera un motif de se glorifier !