La Chute, une bénédiction pour les hommes ?

J’ai osé ce titre provocateur, qui ne provient bien sûr pas d’un lecteur.
r 1>> Calvin avait bien affirmé que Dieu avait voulu que l’homme chute dans le péché. Il avait appelé cela « l’horrible dessein ». John Wesley, à qui nous donnons la parole ici,  expose ici une alternative plus réjouissante, et qui vaut la peine d’être examinée.

Dans un sermon sur l’Amour de Dieu envers l’homme déchu, Wesley défend cette thèse que l’homme a gagné plutôt que perdu par suite de la chute de nos premiers parents.

Houlà, c’est gros cela ? Rassurez-vous, Wesley ne dira jamais que Dieu a voulu la Chute. Mais, manifestement, Dieu ne l’a pas empêchée. Pourquoi ? Wesley développe sa thèse que Dieu voyait qu’il était avantageux de ne pas l’empêcher. Avantageux pour chaque être humain pécheur qui ne repousserait pas la grâce qui surabonde par rapport au péché qui abonde.

Et Wesley détaille tous les bienfaits de la mort de Christ dont nous sommes bénéficiaires, et que nous ne connaîtrions pas si Jésus n’avait pas dû venir mourir pour notre péché.  Notre relation même avec notre Dieu ne pourrait être la même :

Nous pourrions sans doute aimer Dieu, comme Créateur et Providence; mais nous ne pourrions pas l’aimer dans cette relation qui est la plus intime et la plus douce, comme celui qui a livré son Fils pour nous. L’amour fraternel lui-­même eût manqué de son suprême type, tel que l’indique cette parole : ‘Si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons nous aimer les uns les autres.’ Nous ne comprendrions pas une parole comme celle de notre Sauveur : ‘Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. »‘

Wesley conclut comme suit :

« Dieu fit l’homme à son image: un esprit intelligent et libre.
L’homme, abusant de sa liberté, fit le mal et amena dans le monde le péché et la souffrance. Dieu permit cela, dans le but d’amener une manifestation plus complète de sa sagesse, de sa justice et de sa miséricorde, en accordant à tous ceux qui voudraient l’accepter, une somme de bonheur infiniment plus grande qu’ils n’auraient pu l’atteindre, si Adam n’eût pas péché.
‘O profondeur des riches­ses, de la sagesse et de la connaissance de Dieu !’ Bien que, sur mille points, ‘ses jugements nous soient impénétrables, et dépassent notre entendement’, nous pouvons en discerner le plan général qui s’étend du temps à l’éternité. Conformément au dessein de sa volonté et au plan tracé par lui avant la fondation du monde, il créa à son image le père de la race humaine, et il permit que, par la désobéissance de cet homme, tous les hommes fussent faits pécheurs, afin que, par l’obéissance d’un autre homme, tous ceux qui acceptent le don gratuit de Dieu soient éternellement plus saints et plus heureux! »

Je vous encourage à lire l’article entier rendant compte de ce sermon , dans le livre de « La théologie de Wesley », présentée  par Mathieu Lelièvre, p 161 à 163 , Publication Évangéliques Méthodistes
Vous pouvez le lire en ligne ou télécharger :
Matthieu Lelièvre, La théologie de Wesley, Nîmes, Publications Évangéliques Méthodistes, 1990


r 2>> Pourquoi Dieu a-t-il permis la Chute ? La réponse classique parmi ceux qui comme moi ne croient pas qu’elle ait été ordonnée par Dieu est : pour que les hommes aient la liberté de choisir. Il y a de cela, évidemment, mais cette réponse, que je donnais faute de mieux, ne me satisfaisait pas entièrement. Elle pourrait suffire, à la rigueur si l’humanité se résumait à Adam et Ève : ils étaient placés devant un choix, ils y ont fait face librement.
Elle pourrait peut-être suffire également si Dieu avait présenté un choix analogue à tous les humains, à partir de l’état d’innocence.

Ce n’est pas le cas, car :
Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire grâce à tous. (Romains 11.32)
Cela nous dépasse, n’est-ce pas ? Paul aussi, puisqu’il ajoutait aux versets 33 à 36 :
Quelle profondeur ont la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu !
Que ses jugements sont insondables, et ses voies impénétrables !
En effet,
qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller?
Qui lui a donné le premier, pour être payé en retour ?
C’est de lui, par lui et pour lui que sont toutes choses.
A lui la gloire dans tous les siècles! Amen !   

Donc, l’hypothèse argumentée de Wesley me semble plutôt intéressante. Réponse définitive alors ? Gardons-nous en bien, pour un sujet qui prétend sonder les motivations du Très-Haut. Roland Frauli nous le rappelle ci-dessous !   Claude


r3>> J’avoue qu’il me reste quand même une réticence. Je peux bien suivre la pensée que notre condition de « sauvé » rajoute quelque chose, une implication et proximité de Dieu particulières, à notre condition de « créature ». Mais dans quelle mesure cela a-t-il joué dans la décision de Dieu de tolérer la chute ou non ? Sur l’autre versant, il y a toute l’horreur du péché et ses conséquences affreuses pour l’humanité. La ligne générale me semble plutôt être la dénonciation sans concession du mal.

Je veux être prudent quand il s’agit de se prononcer sur ce qui dans telle ou telle situation fait bouger le bras de Dieu ! La question fait partie de ces doctrines qu’on déduit logiquement, mais qui n’ont pas forcément d’appui direct dans l’Ecriture.    Roland Frauli