Un éternel apprenti de la grâce

C’est ainsi que je me définirais, pour évaluer les trois-quarts de siècle (et quelques poussières) écoulés ! Par ce témoignage, je veux donc me souvenir avec reconnaissance du chemin parcouru par la grâce de Dieu, grâce qui m’accompagnera jusqu’à l’arrivée auprès de mon Sauveur !

La grâce prévenante

Mon histoire commence avec celle de mes parents. La vôtre aussi, n’est-ce pas ?
Le premier évènement marquant date des années 50.  Invités par certains pasteurs protestants, deux frères suisses-allemands, Ernst et Robert Bührer sillonnaient notre région pour prêcher l’Évangile sous leur grand chapiteau. C’est ainsi que mes parents et d’autres membres de la famille sont devenus enfants de Dieu. J’avais environ 4 ans. Mon frère Francis et moi, nous avons donc eu l’Évangile presque au biberon.

Quelques années plus tard, les soirs de réunions, mon père prenait sa camionnette de livraisons J9 et traversait lentement notre village Adamswiller  en klaxonnant. Les gens intéressés qui avaient été invités s’entassaient à l’arrière sur 2 bancs de bois de 2,5 m que je conserve toujours précieusement, et on partait rejoindre le chapiteau.

Mais cet état de grâce auprès des pasteurs ne dura pas. Maman était une vraie évangéliste, témoignant comme elle respirait. Notre pasteur en était agacé, et enjoignait à ses paroissiens de se méfier. Papa et un autre disciple de Christ allaient témoigner de leur foi aux Jeunesses Luthériennes, jusqu’à ce qu’on leur dise qu’ils n’étaient plus les bienvenus.C’est ainsi que petit à petit, le groupe de chrétiens s’est détaché des paroisses protestantes qu’ils avaient tant aimées.

Un deuxième évènement marquant : Dans leur cheminement, mes parents ont bénéficié du soutien spirituel de l’évangéliste strasbourgeois Henri Waechter, qui tenait des réunions d’évangélisation et d’édification notamment chez mes parents.

C’était une époque où le Seigneur agissait puissamment, amenant beaucoup d’âmes à venir à lui pour leur salut et leur guérison ! Cette dernière n’était néanmoins jamais au centre de l’effort des divers évangélistes. L’Évangile était annoncé, des gens se repentaient et venaient à Jésus, et constataient souvent que le Seigneur avait guéri aussi leur corps. Ainsi, quand l’une de mes tantes, en fin de vie à cause d’un grave cancer, a répondu à l’appel de la grâce de Dieu et est devenue une enfant de Dieu rachetée par le sang versé par son Sauveur, le Seigneur a rajouté cinquante ans à sa vie sans qu’il n’y ait eu une quelconque prière de guérison.

Strasbourg est loin, Henri Waechter a confié le groupe de chrétiens à l’antenne « Sainte Chrischona » de Saverne. Rassurez-vous, rien à voir avec Haré Krischna, c’était juste le nom du mont suisse où les prédicateurs étaient formés à l’école biblique. Aujourd’hui, ce sont des églises Perspective. Donc, longtemps, nous n’avions pas d’autre réunion qu’une étude biblique en allemand ou en suisse allemand à Struth (le village où nous habitons aujourd’hui) tous les 15 jours. Pour rien au monde, je n’aurais raté ces réunions du soir, même si je comptais souvent le nombre de feuilles aide-mémoire que le prédicateur déplaçait devant lui !

 La grâce reçue dans mon cœur 

Dans ce contexte, on y arrive, à l’âge de 11 ans, j’ai ouvert mon cœur à Jésus. C’était une foi d’enfant, mais le Saint-Esprit n’a plus arrêté de travailler dans ce cœur, l’attirant à lui, me convainquant de péché et me révélant Christ, mon Sauveur. Au fil des ans, il m’amenait à faire des choix de vie conformes à sa Parole, à me repentir lors de mes désobéissances et chutes et… à me relever !

C’est aussi quand j’avais 11 ans que mes parents sont allés s’établir dans la petite ville de Bouxwiller. Dans un contexte peu propice au développement de ma vie spirituelle, mes parents m’ont fait prendre chaque dimanche matin l’autobus pour Strasbourg, pour aller passer la journée avec l’Église de la Bonne Nouvelle. À midi, les membres avaient l’œil sur les personnes isolées comme moi, et les invitaient à leur table ! Je n’ai jamais été oublié, et ai ainsi pu jouir de la communion fraternelle avec de nombreuses familles, ensemble avec d’autres esseulés ! Et l’après-midi, il y avait un groupe de jeunes dynamique ! Tout cela m’a permis de traverser sans trop de dégâts les années difficiles de l’adolescence.

Parallèlement, notre famille restait très liée à Henri Waechter et à ses collaborateurs, et c’est dans leur milieu que j’ai été baptisé en 1967. Sept ans plus tard, Sonia aussi.

La grâce de servir dans ma profession

Quelques mots pour mes débuts dans la carrière d’instituteur, entre 1968 et 1974. Grâce au Concordat, nous avions dans nos villages une grande liberté d’annoncer l’Évangile aux élèves dans le cadre des heures de religion.

Plusieurs élèves étaient en colo chrétienne avec moi. Quand les élèves d’une certaine école ont appris que j’allais les quitter, (j’étais remplaçant), ils ne jouaient plus en récré, mais m’entouraient dans la cour ! Oh, monsieur, parlez nous encore de Jésus ! Je vois toujours la figure rayonnante d’un gamin qui me lança : « oh monsieur, moi j’aime Jésus ! »

En 1969, notre famille est revenue à Adamswiller. En 1970, j’ai passé deux années scolaires en coopération, au collège évangélique de Fort-Lamy (Ndjaména)

La grâce d’une chute importante

J’arrive à 1974. Qu’est-ce qui a bien pu se passer cette année-là ? Ça y est, je me souviens : fin mars, j’ai fait une chute, dont je ne me suis jamais relevé : je suis tombé amoureux, et comme apparemment j’ai fait trébucher aussi Sonia,la jeune fille qui avait ravi mon cœur, cela a abouti à notre mariage fin octobre de la même année !

Dieu a béni notre union, que nous avons désiré fonder sur lui, sur sa grâce et notre grâce mutuelle quotidienne. Si le Seigneur prête vie, nous fêterons avec reconnaissance nos noces d’or fin octobre.

La grâce d’une famille spirituelle jusqu’à ce jour

La même année 1974, après une campagne avec l’évangéliste allemand Wilhelm Pahls, un grand nombre de nouveaux enfants de Dieu se sont joints au groupe qui, petit à petit, s’est structuré en Église autonome. Un frère aîné assurait l’étude biblique pendant de nombreuses années et m’a formé comme responsable à ses côtés.

La grâce au sein d’une crise d’église

Quel type d’église étions nous à l’époque ? ouverte sur le monde ou barricadée ? Ma réponse : tout dépend de ce qu’on appelle « monde » !

Si par « monde », on entend les pécheurs perdus à sauver, oh non, nous n’étions pas barricadés chaudement dans nos salles de réunion ! Il y avait un vrai esprit de témoignage et de présence auprès des concitoyens par des visites, des services et une annonce de l’Évangile conquérante. Même si l’opposition était plus forte qu’aujourd’hui, nous n’hésitions pas à aller parfois chanter et témoigner dans les rues. Donc, de ce côté-là, l’église a été et désire encore être ouverte et conquérante, sans échapper à des périodes de relâchement.

Mais si par « monde », on entend le système opposé à Dieu dirigé par Satan, oui, nous avons été barricadés, et on ferait bien de l’être aussi aujourd’hui, n’est-ce pas ? Hélas, trois fois hélas, il y avait une grande confusion dans la compréhension de ce qu’est ce monde : on appelait monde certains comportements ciblés, des endroits à éviter comme la peste, et une tenue vestimentaire stricte, et un voile de prières au culte pour la femme, pratiques qui étaient imposées sévèrement.
Avec heureusement de nombreuses exceptions, (surtout au niveau des jeunes), notre assemblée était bel et bien barricadée en mode « protection contre le monde ».

En 1988, suite à des contacts rapprochés avec des frères et sœurs de culture évangélique un peu différente,  j’ai réalisé que quelque chose était malsain dans l’assemblée. J’ai commencé à résister, à refuser que l’on impose des convictions, en prenant soin de ne pas attaquer celles-ci, même si les miennes avaient évolué.

Début 1989, une douzaine de personnes et leurs enfants nous ont alors quittés pour se réunir à Struth, juste en face de notre habitation. Quand nous rentrions de notre culte à Weislingen, je traversais souvent la route pour saluer dans la cour ceux qui restaient mes frères et sœurs. Certains m’accueillaient gentiment, mais d’autres disparaissaient rapidement dans la maison.
Nous avons continué des gestes fraternels divers, d’ailleurs de part et d’autre des deux groupes séparés. Et par la suite, nous avons vécu de belles restaurations de relations avec ceux qui me méprisaient ostensiblement, me rendant responsable de l’entrée du monde dans l’assemblée !

L’amour de Christ en nous renverse des forteresses si nous ne construisons pas un mur d’enceinte face à celui des opposants, mais si nous lançons plutôt des passerelles de grâce !

J’ai ainsi pu saisir une occasion de jeter une telle passerelle de grâce vers un frère strasbourgeois qui avait été dans le passé comme un père en Christ pour nous, mais qui m’avait classé comme… faux prophète, suite à ma prise de position contre une vie d’église sous contraintes. Le miracle a été que ce frère en était si touché qu’il m’a confié toute sa détresse, et m’a demandé de prier avec lui et pour lui ! Depuis, les responsables actuels de son assemblée m’ont invité à prêcher chez eux ! C’est un puissant témoignage de l’œuvre de grâce de celui qui, selon Jean 17,  a supplié le Père en faveur de l’unité de tous ses enfants. J’ai toujours éprouvé un amour viscéral de l’Église, corps de Christ, et de son unité !  J’ai aussi à cœur de m’investir pour l’exposé et la défense de la vérité, conforme à la Parole de Dieu, centré sur la personne de Jésus-Christ, dont parlent toutes les Écritures, mais en essayant d’éviter les polémiques vaines.

La grâce dans la famille

Quelques mots du côté familial maintenant : Nous avons eu 6 enfants, puis 13 petits-enfants, dont la première s’est mariée au mois de mai, et dont plusieurs sont chez leurs papi et mamie très souvent. Vivre Christ en présence des nôtres est notre première mission. C’est un grand défi, et nous avons failli souvent et aujourd’hui encore, nous vivons de la grâce et du pardon du Seigneur et de nos enfants. Et nous prions que ceux parmi eux qui ne suivent pas encore le Seigneur puissent ne plus tarder, que notre manière de vivre l’Évangile sous leurs yeux ne les dissuade pas, mais puisse les attirer bientôt à Christ ! Il faut beaucoup d’amour et  de sagesse face à leurs enfants, nos petits-enfants, qui véhiculent souvent des valeurs de leurs parents, pas toujours conformes à notre foi !

La grâce dans le quotidien

Je pourrais arrêter là ?  Mais le Seigneur ne veut pas me laisser raconter mon passé sans me passer au crible pour mes failles criantes du présent, des failles que je ne suis vraiment pas fier d’avoir traînées avec moi pendant tant d’années.
Ainsi, plusieurs semaines avant que je ne présente ce témoignage à mes frères et sœurs de notre église locale de Weislingen, il m’a conduit à prendre une position plus radicale envers mes addictions honteuses et envers mes traits de caractère qui le chagrinent.
De façon très claire, il m’a fait réaliser et répudier un fonctionnement égocentrique très déplaisant, celui de ma tendance de metteur de point sur les i.

Il m’a conduit à choisir résolument de remettre plus fermement que jusqu’à présent au Seigneur toutes les situations qui me chiffonnaient tant et de décider d’arrêter de m’étendre sur les dérapages des frères, d’être frustré de leurs réactions ou de leurs absences de réactions… Je veux laisser à Dieu le soin de conduire mes frères comme moi-même !  Pour m’encourager, le Seigneur m’a fait lire dans mes lectures régulières :

Romains 14.4 : Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui ? S’il se tient debout, ou s’il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l’affermir.

Psaumes 32.1 : Heureux l’homme dont la faute est effacée, et le péché pardonné ! 2 Heureux l’homme au compte de qui l’Éternel ne porte pas le péché et qui est exempt de mauvaise foi ! 3 Tant que je taisais ma faute, je m’épuisais à gémir sans cesse, à longueur de jour. // 5 Je t’ai avoué ma faute, je n’ai plus caché mes torts, j’ai dit : « Je reconnaîtrai devant l’Eternel les péchés que j’ai commis. » Alors tu m’as déchargé du poids de ma faute.

Une nouvelle paix m’envahit quand je réalisais cela. C’était donc avant de partager ce témoignage à Weislingen. J’ai remercié mon assemblée pour leur pardon et leur patience ! Et je leur ai dit que si, à l’avenir, ils m’entendaient me plaindre d’un frère, ils devaient m’arrêter et me rappeler-moi ce témoignage, car je veux être radical !

J’aimerais bien pouvoir vous dire que ma radicalité de décision a été suivie par une radicalité de comportement saint ! Hélas, il y a eu bien des circonstances depuis, où j’ai pu m’écrier avec l’apôtre Paul en Romains 7 :

Je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas, je le commets. 20 Si donc je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais mais c’est le péché qui habite en moi. 21 Lorsque je veux faire le bien, je découvre cette loi : c’est le mal qui est à ma portée. 22 Dans mon être intérieur, je prends plaisir à la Loi de Dieu. 23 Mais je vois bien qu’une autre loi est à l’œuvre dans tout mon être : elle combat la Loi qu’approuve ma raison et elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui agit dans mes membres.
24 Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps voué à la mort ?

Mais, avec Paul aussi, j’ai pu conclure :

25 Dieu soit loué : c’est par Jésus-Christ notre Seigneur.

Jude 1.24 : À celui qui peut vous garder de toute chute et vous faire paraître en sa présence glorieuse, sans reproche et exultant de joie, 25 au Dieu unique qui nous a sauvés par Jésus-Christ notre Seigneur, à lui appartiennent la gloire et la majesté, la force et l’autorité, depuis toujours, maintenant et durant toute l’éternité ! Amen.

Claude, avec Sonia                             Claude et Sonia

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4 réflexions sur « Un éternel apprenti de la grâce »

  1. Coucou Claude et Sonia, quel beau témoignage où l’assiduité, la persévérance dure depuis des années.

    Dans les moments difficiles de nos vies, lire ce genre de témoignage ne peut que nous encourager à ne rien lâcher en sachant que ce que nous vivons de dur, d’autres l’on vécut et ont vu le Seigneur agir au-delà de leurs plus beaux espoirs.

    Merci pour ces témoignages qui encouragent.

    On vous souhaite une belle journée en Jésus-Christ.

    Bisous nous 2 pour tous les 2.

  2. Merci Claude, tu nous encourages.

     « La patience de notre Seigneur est notre salut. »

    Soli Deo Gloria

  3. Sacré Claude !
    Le Seigneur n’en a pas fini avec nous,
    … par sa grâce.
    Quel témoignage !
    Merci beaucoup pour ta sincérité exemplaire.
    Soyez bénis, toi et Sonia,
    Régis

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