Hébreux 6.4 à 8 enseigne-t-il la perte du salut ?

r1>> Hébreux 6.4-8 contient des mots forts qui interpellent : « éclairés », «goûté le don céleste », « qui ont eu part au Saint-Esprit », « goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir ».
Toutefois, ces expressions ne décrivent pas une personne qui a pleinement confié sa vie à Jésus-Christ et l’a vraiment reçu comme son Sauveur et Seigneur.

Néanmoins, nous avons tous besoin d’examiner notre cœur et de prendre très au sérieux tous les avertissements que contient la Parole de Dieu, en ne tolérant aucune négligence dans les choses spirituelles.
Dans la même lettre, nous lisons cette exhortation :
« Prenez garde, frères, que quelqu’un de vous n’ait un cœur mauvais et incrédule, au point de se détourner du Dieu vivant » (Hé 3.12).
Pour sa part, Paul exhorte ses lecteurs :
« Examinez-vous vous mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi ; éprouvez-vous vous-mêmes » (2 Co 13.5).
Il répète cette exhortation dans 1 Corinthiens 11.27-28 au sujet de la sainte cène :
« C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur.
Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe. »
Il faut constamment lutter contre l’autosatisfaction et la négligence, car cette lutte n’est jamais finie définitivement sur terre.
Dudley Ward, extrait du chapitre « Notre salut est-il assuré définitivement ? »


r2>> Dans la rubrique « Articles », David Shutes traite ce sujet de façon très intéressante aussi. Pour ma part, j’aurais tendance à conclure ainsi :

Le salut des chrétiens est assuré et ne peut se perdre puisqu’il implique qu’ils sont devenus enfants de Dieu, nés de Dieu. Néanmoins, des croyants retournent en arrière et abandonnent le Christ.

– Certains, par leur apostasie, montrent qu’ils n’ont jamais été des enfants de Dieu. Leur résistance jusqu’au bout à l’action de l’Esprit me semble être le péché contre le Saint-Esprit qui les conduira à la perdition.

– Pour les vrais enfants de Dieu, l’Esprit saint travaille inlassablement dans leur vie pour les amener à la repentance et à la restauration de leur foi.

– Mais il est vrai que, comme le montre Henri Viault-Murat sur son site https://bloghvm.wordpress.com, nous avons aussi dans la Bible de nombreux passages d’avertissement qui semblent montrer que si nous ne pouvons pas « perdre » le salut, nous pourrions bien le rejeter, le fouler aux pieds et ne pas persévérer dans notre foi jusqu’au bout.

Alors que je méditais sur cette difficulté, c’est comme si le Seigneur me disait : « Es-tu Dieu ? Laisse-moi cette problématique qui n’est pas de ton ressort. Toi, persévère jusqu’au bout, et le reste ne te concernera pas, comme cela ne concerne pas la grande majorité des chrétiens. »

Merci à Egbert Egberts, qui, en traitant ce sujet avec prudence et humilité, dans son excellent livre « Une tulipe peu ordinaire » (ed. Oasis), m’a fait assouplir ma position sur ce point qui, pour moi, est le seul des cinq que l’on pourrait vraiment qualifier de mystère !          Claude


r3>>  S.J. Kistemaker, Dave Matthewson, et Randall C. Gleason, des auteurs qui commentent ce passage dans l’Encyclopédie des difficultés bibliques d’Alfred Kuen (Editions Emmaüs), rendent attentifs au fait que la lettre aux Hébreux est imprégnée de l’AT, on n’y compte pas moins de 38 citations. Il faut donc la lire en tenant compte de son arrière plan vétérotestamentaire. Ci-dessous, je vous livre tout à fait librement une synthèse condensée de la pensée de ces écrits. Je vous encourage à recourir au livre.

Lisez Hébreux 3.7 à 19, chapitre 4, et Psaume 95.6 à 11. L’auteur de la lettre aux Hébreux , dans ses recommandations, se réfère constamment à l’exemple du peuple lors de la sortie d’Egypte.. (cf. Exode 17.1-7; Nombres 13 et 14). Mêmes bons commencements et même attitude rebelle par la suite que les personnes visées en Hébreux 6.

Bons commencements de ce peuple sorti d’Egypte :
– Ils avaient commencé par  croire en l’Éternel et en son serviteur Moïse (Exode 14.30-31).
– Ils avaient badigeonné les linteaux de leurs portes avec le sang et mangé l’agneau pascal;
– Ils avaient quitté l’ Égypte, consacré leurs premiers-nés mâles au Seigneur et traversé la mer Rouge;
– ils ont été miraculeusement sauvés des Égyptiens,  ils ont entendu les paroles de Dieu transmises par Moïse.
– Ils ont été conduits par la colonne de nuée le jour et de feu la nuit.
– Ils ont mangé tous les jours la manne tombée du ciel,
– Dieu leur a  procuré de l’eau (Mara, Elim…) et de la viande en plein désert,
– ils avaient entendu la voix de Dieu retentissant du mont Sinaï lorsqu’il leur a donné les dix commandements (voir Exode 12-20).

Et pourtant…
– A  Qadech-Barnéa, ils n’ont pas cru les promesses de Dieu concernant le Pays de Canaan et ils ont voulu retourner en Égypte (Nombres 14.1-10).
– Ils ont  voulu forcer la main de l’Éternel, répondant à tous ses témoignages de bonté par des murmures et de l’incrédulité,  leur cœur s’égarant sans cesse .  (Hébreux 3.9, 10)
Dans  le chapitre 4, la génération de l’Exode est le type de ceux qui perdent leur droit au repos par leur incrédulité et leur désobéissance.

Toutes ces caractéristiques se retrouvent clans Hébreux 6. 4- 6 chez ceux qui sont visés par l’avertissement :
– Ils ont été éclairés comme les Israélites par la nuée,
– Ils ont  goûté le don céleste  (Jésus) – comme les Israélites ont goûté la manne;
– Ils sont devenus participants du Saint-Esprit, comme les 70 anciens de la génération de l’Exode (Nombres 11.16-30).
– Ils ont goûté la bonne Parole de Dieu, comme les Israélites l’ont entendue par Moïse,
– Et ils ont fait l’expérience des forces du monde à venir  comme Israël a vu les signes et les prodiges accomplis en Égypte et dans leur marche à travers le désert.

 >> L’apostasie qui découle de l’incrédulité a pour résultat l’endurcissement du cœur et l’incapacité de se repentir. (3.13; 4.2; 6.6; 10.26; 12.15). Cette incapacité de se repentir vient de l’endurcissement de leur cœur. Plutôt que de voir en Dieu quelqu’un qui empêche de se repentir, il semble qu’à un certain degré d’endurcissement, le Seigneur, attristé, se retire, et abandonne le pécheur à la voie funeste qu’il a choisie !? (Claude)

Autre exemple cité par G Archer et d’autres dans l’Encyclopédie des difficultés bibliques :
– Judas, comme les autres disciples, a chassé des démons.
La parole de Jésus en Luc 10.20 (« Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous soient soumis, mais de ce que vos noms sont écrits dans les cieux») pourrait-elle avoir été un discret rappel à Judas de chercher à être vraiment sauvé ?
– Judas avait vu combien la Parole de Dieu était bonne.
– Ayant participé à la prédication de l’Évangile et à l’expulsion de démons, il a donc eu part au Saint-Esprit, sans pour autant être habité par lui ni être né de nouveau ! Il n’a jamais accepté Jésus comme Seigneur dans son cœur.